Patrick Dussert-Gerber

Défendre une éthique, sinon rien

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* L’incroyable Petrus

Il y a quelques “dégustateurs” qui feraient mieux de retourner à l’école et de savoir de quoi ils parlent avant de juger quoi que ce soit. J’ai lu notamment le résultat d’un “jury” (le mot lui-même prête à sourire, tant il est pompeux) qui, comme d’autres, classent une multitude de vins à concours devant le mythe Petrus. On sent d’ailleurs une jubilation sous-jacente, la jalousie n’ayant de limite que la bêtise. Trois choses :

1/. Mélanger les appellations ou les vins de régions et/ou de pays différents est tout aussi risible que peu professionnel.

2/. Un vin (grand ou modeste) ne se juge pas sur un seul millésime. On ne peut juger d’un cru que si on a pu le déguster des dizaines de fois, dans des millésimes différents. En l’espèce, vu le prix de Petrus, je doute que les “dégustateurs” aient vraiment pu accéder à cela, la philosophie des Moueix n’étant pas de filer des bouteilles à tout le monde. Passons.

3/. Découlant de cela, l’expérience nécessite de savoir “imaginer” l’évolution d’un vin. Comment voulez-vous estimer ce que sera un 2005 ou un 2002 si vous n’avez jamais gouté auparavant des millésimes similaires du même cru ? C’est du pipeau, voilà tout !

Il est si simple en effet qu’un vin “bodybuildé”, surconcentré, surboisé, se présente mieux qu’un vrai grand vin qui, c’est son essence même, a besoin de plusieurs années pour se dévoiler. Un grand vin, ce n’est jamais bon après 3 ans, une bête à concours, si… faudra quand même que ces “dégustateurs” soit donc plus crédibles.

Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. On se doute que les prix extravagants de Petrus en font un produit de luxe, et que l’on n’envisage plus de mentionner à son sujet de rapport qualité-prix. J’en ai déjà parlé.

Ce qui fait -surtout- de Petrus (avec la Romanée-Conti) l’un des plus grands vins du monde, c’est son terroir et une façon de travailler qui ne fait pas dans l’esbroufe. Vous allez relire plus loin mon interview de Jean-Claude Berrouet sur ce point. On est donc bien loin des vins “sans vice ni vertu” dont nous abreuvent des propriétaires qui ne se contentent que d’appliquer des maquillages œnologiques.

En ce sens, Petrus est l’archétype des (rares) vrais grands vins racés de Bordeaux, où l’élégance s’allie à la structure, et reste plus que jamais la “locomotive” indispensable à tous les producteurs qui respectent leur terroir, signant des bouteilles authentiques, chacune dévoilant sa personnalité, qu’elles valent 10 ou 50 €. Sans des crus comme Petrus, la porte serait grande ouverte à des vins “fabriqués”, “mondialisés, au goût standardisé. Sans un mythe pareil, les pourfendeurs de nos vins racés s’en donneraient -encore plus- à cœur joie !

Et puis,le plus important dans ce monde du vin qui m’est cher, c’est que l’on ne peut “comprendre” un vin (n’importe lequel) que si l’on connait l’homme qui se cache derrière l’étiquette. Sans homme (ou femme), le vin n’est qu’une boisson…

PETRUS : LES HOMMES

Mon ami (de 30 ans) Jean-François Moueix est donc le propriétaire de ce cru mythique. Cultivant l’humour et la discrétion comme d’autres le snobisme et l’esbroufe, il poursuit une politique exemplaire, qualitative certes, mais aussi commerciale, puisque c’est lui, et lui seul, qui vend Petrus (le cas est unique ici), notamment au travers de sa prestigieuse maison Duclot, ou de ses nombreuses autres entreprises (boutiques l’Intendant et Badie à Bordeaux, Châteaux Cash & Carry en région parisienne…) et un bon nombre de grands vins bordelais peuvent rendre aussi hommage à son impartialité et à sa fidélité envers eux, année après année. On ne peut contester que Petrus fait partie de la petite poignée des plus grands vins rouges du monde, et des 3 ou 4 plus grands crus bordelais, à un prix lui aussi hors normes, certes.

C’est l’archétype des grands crus où le terroir crée cette osmose exceptionnelle avec le cépage et les hommes et on comprend qu’il ne puisse qu’aiguiser la jalousie d’un bon nombre de producteurs médiatiques, libournais, médocains ou étrangers, qui ne peuvent, eux, faute de terroir et d’humilité, que se contenter de faire mariner à outrance leur vin dans des barriques en croyant qu’ils font une cuvée digne de ce nom… La surconcentration n’est pas un gage de grand vin et l’élevage abusif en fûts neufs non plus (Petrus n’en utilise que 50 % en moyenne).

PETRUS : LE TERROIR

“Lorsque l’on parle d’un vin, me confie Jean-Claude Berrouet, il faut d’abord présenter le sol, c’est lui qui lui donne son originalité, sa typicité et, à Petrus, l’originalité est particulièrement importante puisque l’on sort des sentiers battus bordelais. Ici, ce qui prime, c’est la rencontre de 2 argiles, une argile ancienne, bleue, arrivée dans la seconde moitié de l’ère tertiaire. Au Quaternaire, il y a eu des recouvrements graveleux, mais, à Petrus, ce sont des argiles noires gonflantes qui donnent la spécificité…

Petrus (11,5 ha) est situé sur un plateau et plus précisément sur un mamelon argileux qui culmine à 42 m d’altitude, ce qui permet aux eaux de ruissellement de surface de ne pas stagner et d’aller vers le bas. Ainsi, il n’y a jamais d’excès d’eau mais l’une des vertus de l’argile est ce pouvoir de rétention d’eau, elle se comporte comme une belle éponge, et restitue l’eau lentement à la plante en période de sécheresse. Petrus, c’est aussi l’expression d’un cépage, le Merlot, qui s’épanouit pleinement sur ces argiles.

C’est un vignoble très ancien. J’y suis arrivé en 1964 et j’ai connu une parcelle postphylloxérique qui avait été plantée en 1885. Il y a encore des parcelles plantées en 1957, mais la moyenne d’âge des vignes est de 35 ans. À partir de 1985, nous avons fait un gros effort de sélection massale en collaboration avec l’Inra et la chambre d’Agriculture. Pour les replantations, nous avons réintroduit les vieux pieds de vigne sélectionnés et passés en Tests Elisa pour vérifier leur état sanitaire. Ainsi, nous avons reproduit les vieilles sélections qui avaient été choisies par nos anciens, auxquelles nous avons ajouté de nouveaux clones, de telle sorte qu’on laissera aux successeurs la population ancienne et la population moderne. La culture de la vigne est très traditionnelle à Petrus : on laboure 2 fois par an, on chausse et déchausse. Les rendements varient de 25 à 39 hl/ha mais la moyenne se situe plutôt vers 35 hl/ha. Les vendanges sont manuelles, effectuées en cagettes avec un tri sévère effectué sur 2 tables de tri. La vinification est très traditionnelle avec des fermentations en cuves béton. Nous privilégions des extractions très mesurées, ainsi les cuvaisons ne sont pas très longues car nous souhaitons rester sur le fruit et des tanins soyeux. S’ensuit l’élevage durant 18 à 20 mois en fûts de chêne avec une proportion de bois neuf qui varie selon les millésimes (un peu plus de 50 %). Nous évitons le surboisage, toujours dans un souci permanent de préserver la spécificité du vin. Le vignoble est protégé en lutte raisonnée.

Nous pratiquons depuis 1991 l’étude de la maturité phénolique en parallèle avec la maturité physiologique. Avec l’indice de maturité et la dégustation des baies, parcelle par parcelle, nous déterminons une date de vendange la plus précise possible, ce qui est un facteur primordial pour obtenir la meilleure qualité d’un vin. La force du terroir se retrouve aussi dans le potentiel d’évolution. Celui de Petrus est très important et tout le monde se souvient encore des fabuleux 1953, 1955, 1959, 1961 ou de l’exceptionnel 1947…

Nous avons hérité d’un très grand terroir et cela est un privilège de la nature. Il y a une dizaine de parcelles qui ont des caractéristiques pédologiques propres, il existe une résonance du sol à un climat et, selon les millésimes, cela donne des variations (20 à 35 000 bouteilles). Petrus, c’est aussi une équipe, la gestion viticole est confiée à Christian Moueix et Michel Gillet, et celle de l’œnologie et du chai à moi-même et à François Veyssière qui a pris la succession de son père. Nous mettons toute notre expérience, notre connaissance au service de Petrus, un vin pour lequel nous n’avons pas le droit à l’erreur…”

PETRUS : MA DÉGUSTATION

Grandissime Pomerol 2005, puissant, très complexe, d’une très grande structure, aux arômes persistants et subtils de petits fruits rouges mûrs à noyau, de truffe, de cuir, très structuré, avec des tanins soyeux mais intenses, tout en distinction, de grande évolution.

Le 2004 est splendide, dans la grande tradition bordelaise, et l’on ne peut que regretter que ce millésime se situe entre les 2005 et 2003, la mode risquant de le laisser à l’écart (confer la grande dégustation).

À ses côtés, ce 2003, un vin dense, tout en harmonie, riche au nez, avec ces notes de mûre et d’humus, et des nuances de cuir et de pruneau en bouche, aux tanins fermes mais toujours très savoureux, de grande garde.

Le  2002 , intense et chaleureux, très charpenté mais très élégant, est de robe intense, aux nuances de vanille et de cassis, un vin racé et corsé, concentré au nez comme en bouche.

2001 : truffe, fruits macérés, humus… sont les premières sensations de ce très grand vin, le “velours” à l’état pur, où cette structure impressionnante sait se fondre dans une distinction incroyable, qui lui confère un potentiel d’épanouissement réellement exceptionnel, de très grande garde.

2000 : une structure de cathédrale. Puissance et distinction, chaleur et ampleur, une très grande complexité d’arômes (cuir, griotte confite…), un vin d’une grande harmonie, d’une très belle matière en bouche, majestueux, de très grande garde.

1999 : la saveur même. Complexe et gras, aux tanins présents, riche et parfumé en bouche, un beau vin charnu, charmeur, qui fleure les épices et les fruits frais, alliant puissance et finesse, dont le velouté est très caractéristique des vins de Pomerol.

1998 : exceptionnel. D’un très grand classicisme, de couleur intense avec des senteurs de truffe, de champignon, un côté animal, de cuir, vraiment superbe, encore jeune, complexe, de lente évolution.

1997 : remarquable. De robe pourpre foncé, aux arômes prononcés de musc, de truffe, de fraise des bois, aux tanins soyeux, de bouche généreuse, un vin très savoureux.

Pas facile de résister.




Ecrit il y a 1 month, 2 weeks à 11:55.

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* Un vrai Bordeaux, sinon rien

Comme en Bourgogne, on ne peut que regretter que beaucoup de crus bordelais, réputés ou non, “classés” (en 1855…, merci pour l’actualisation) ou non, “classés” à Saint-Émilion ou en “Crus Bourgeois” du Médoc (les deux classements étant juridiquement obsolètes, ce qui la fout bien) atteignent des prix qui ne sont plus conformes au plaisir qu’ils procurent. Comment ne pas être déçu par des vins à 50 € qui ne “tiennent” que 3 ou 4 ans, par d’autres qui “lissent” complètement leur spécificité (on ne sait plus, à “l’aveugle”, si on goûte un Pessac ou un Médoc, un Bx Sup ou un grand cru classé de Saint-Émilion) : on ne goûte alors que des produits aseptisés par les techniques œnologiques (matraquage de fûts neufs, osmose inverse, micro-bullage, levures parfumées….

Pour faire ces “vins”, on récolte des raisins surmaturés, on concentre à outrance (avec des concentrateurs) lors des vinifications, on met le tout dans des barriques où le bois peut, sur demande auprès des tonneliers, vous donner le goût que vous recherchez (de la vanille, du sirop, de la confiture…), et on vous sert un vin à la limite de l’écœurement, noir comme de l’encre, gras comme de l’huile et parfumé comme votre bureau en bois.

J’apprécie donc les vrais vins de Bordeaux, du plus grand au plus modeste, et les consommateurs comme les producteurs savent que je défends ce qui les intéresse, et les distingue : le rapport qualité-prix-typicité. Si l’on fait un grand Margaux ou un Pomerol racé à 40 ou 80 €, il les vaut bien. Idem pour une gamme plus abordable, en Graves, dans les Satellites, les Côtes ou en Bordeaux Supérieur, où les progrès sont exceptionnels.

En-dehors de quelques crus mythiques pour lesquels le prix n’est plus un facteur estimatif (on entre alors dans le monde du luxe, voir mon article), ce qui n’est pas du tout justifié aujourd’hui, et on l’a vu -hélas- avec les augmentations de prix du millésime 2005, c’est un Saint-Émilion “fardé” comme un acteur du carnaval de Venise à 80 € (voire bien plus), un “simple” Médoc à 25 €, un “bon” machin à 30 € ou un Bordeaux Supérieur ultra-barriqué à 15 €.

À force de prendre les consommateurs pour des gogos (demain, les Russes ou les Chinois le comprendront aussi), certains vont s’en mordre les doigts… Pour mémoire, il existe deux “crises” actuellement, très différentes, voire opposées, dans beaucoup de vignobles : celle, désastreuse pour ceux qui la subissent, qui touche certains viticulteurs, la plupart étant dépendants des prix trop bas du tonneau, qui ont du mal à se faire rémunérer correctement. Les causes sont complexes (un certain négoce peu solidaire parfois, une politique de plantation trop importante, des barrières étatiques…). Ils méritent d’être soutenus, et l’on fera ce que nous pouvons pour les aider. C’est une crise sociale.

L’autre crise concerne un bon nombre de vins, à Bordeaux, notamment : trop chers ou trop sensibles à la mode (“vins de garage”), trop endormis sur leurs lauriers, trop imbus d’eux-mêmes, alors que le respect des consommateurs (proposer un vrai rapport qualité-prix cohérent) est impératif. Les acheteurs se sont sentis lésés. On parle beaucoup trop d’argent, de prix, de bonnes notes glanées chez un “gourou” quelconque, et c’est ce que le consommateur retient, alors que, bien sûr, ceci ne concerne qu’une petite minorité. C’est une crise de confiance, et, en même temps, une crise d’identité, tant un bon nombre de vins ont perdu leur spécificité.

Les “primeurs” (depuis 2000, et surtout 2005 où certains crus ont sorti des prix déments et incautionnables) font des vins bien trop chers, et cela commence à créer un sérieux malaise à Bordeaux, tant il y a de différence entre 2 vins d’une même appellation. Pourquoi payer une bouteille à 50 ou 200 € quand on peut trouver du plaisir dans une bouteille 4 à 10 fois moins chère (même si, et je le sais, que les vins ne sont pas “comparables”) ?

Je le dis, aujourd’hui plus qu’hier : tant que certains vins connus de Bordeaux (surcôtés, en plus) ne seront que des “erzats” de leur appellation, masquant leur terroir (quand ils en ont un), cela portera tort à l’ensemble des vrais bons vins typés de Bordeaux, du plus grand au plus modeste, à ce Pomerol qui sent la truffe, à ce Saint-Julien tout en délicatesse, etc… bref, aux vins que nous aimons et défendons.

Pour comprendre l’influence du terroir à Bordeaux, par exemple dans le Libournais, deux ouvrages font toujours référence, ceux du Professeur Henri Enjalbert (qui décrit parfaitement le cheminement et l’extension historiques des “grands crus”) et de Van Leuween (sa carte des terroirs de Saint-Émilion permet de comprendre bien des choses : demandez-la au Syndicat de Saint-Émilion, il vous l’enverront sûrement avec plaisir). Avec lui, on réalise la force des terroirs : sols brunifiés, calci-magnésiques, lessivés, hydromorphes… c’est-à-dire la quintessence même des crus. Comme ces sols n’ont pas pu changer de place, il est facile de constater que des crus se trouvent dans des coins, disons, plus “neutres”… Vous aurez donc compris que l’on ne fait pas du tout les mêmes vins selon que l’on se trouve sur le “plateau de Saint-Martin” ou sur des terres silico-argileuses, sur la plaine de la Dordogne ou les territoires issus de formations alluviales. Je vous laisse vérifier par vous-même.

Il y a aussi les livres de Bernard Ginestet, toujours d’actualité, très complets sur Saint-Émilion (classification des sous-sols “nobles” à “roturiers”) et particulièrement sur les appellations médocaines.

Voici ce que l’on peut constater, également, quand on suit les syndicats et leurs actions :

Les appellations qui bougent : Montagne-Saint-Émilion, Pauillac, Pessac-Léognan, ­Puisseguin-Saint-Émilion, Sauternes.

Celles qui mériteraient mieux : Bordeaux Supérieur, Côtes-de-Bourg, Graves, Pomerol.

Les appellations qui “somnolent” : Cérons, Haut-Médoc, ­Lalande-de-Pomerol, Loupiac, Lussac-Saint-Émilion, Moulis, Premières-Côtes-de-Blaye, Saint-Estèphe.

Celles qui ont encore du travail : Bordeaux, Fronsac, Margaux, Médoc, Premières-Côtes-de-Bordeaux, Saint-Émilion, Saint-Georges-Saint-Émilion.

Celles dont on n’entend pas parler : Bordeaux blanc sec, Cadillac, Canon-Fronsac, Côtes-de-Castillon, Côtes-de-Francs, Crémant de Bordeaux, Entre-Deux-Mers, Listrac, Saint-Julien, Sainte-Croix-du-Mont.

MEDOC

Si les vins du Médoc sont réputés, ce n’est pas pour être des vins intouchables à cause de leur prix ou “putassiers”, ces vins ou micro-cuvées qui n’existent que pour rafler de bonnes notes à des concours et ne correspondent plus à la grande tradition médocaine. Ces pratiques sont une honte pour la majorité des grands vins de la région, qui sont des vins fermés dans leur jeunesse, typés par leur terroir, et qui demandent d’évoluer dans le temps pour s’exprimer, en fonction de chaque millésime, respectant ainsi la nature. La force du terroir est la base de tout. Pour les grands, les meilleurs affaires se font avec les châteaux Montrose, Calon-Ségur, Léoville-Barton, Rauzan-Gassies, Batailley, Desmirail, suivis par les superbes (et très abordables), Clauzet, La Tour de By, Fonbadet, Fourcas-Dupré, Maucaillou, puis Tour-du-Roc, Doyac, Taffard de Blaignan, Fontesteau, Muret, Lestage-Darquier, Panigon, etc. Beaucoup d’autres sont sans intérêt, et les prix sont souvent déments.

POMEROL

À Pomerol, il y a des vins splendides (Certan de May, La Croix, La Cabanne, Beauregard…), très typés par le Merlot qui se plaît à merveille dans ces territoires diversifiés. Il faut noter que, les exceptions et les excès confirmant la règle, les vins bénéficient d’un rapport qualité-prix-typicité justifié par la rareté comme par la convivialité et l’amour du vin.

SAINT-ÉMILION

J’adore les vins de la région, pour leur puissance associée à leur finesse, et j’estime qu’il y a une bonne cinquantaine de vins qui valent le déplacement, garants de prix sages et d’une vraie typicité. Mais, à Saint-Émilion, on s’enlise dans les histoires de clochers, sublimées par beaucoup trop de frime et certains niveaux de prix qui ne prêtent qu’à sourire. Il y a un Classement “officiel” qui montre une image négative du vignoble, multipliant les procès et, à ce jour, annulé par un jugement (voir l’édition du Sud-Ouest du 12 Novembre), et il y a des vins remarquables, typés, très abordables, dans toute la gamme (Belair, Trotte Vieille, Guadet, Faurie, Cadet-Piola, Laroque, Lamarzelle, Mauvinon, Cantenac, Matras, Clos Labarde, Clos Trimoulet, La Grâce Dieu Les Menuts, Piganeau, Petit Faurie de Soutard…). Suffit de déboucher un Château La Marzelle, millésimes 2006 à 2001 pour comprendre que l’on est au sommet de l’élégance.

Hélas, on ne peut aussi qu’être déçu par des vins totalement “fabriqués”, vinifiés par ceux qui croient avoir la “science infuse” et veulent nous faire croire qu’en mettant un vin “200 % en barriques neuves” ou en multipliant les manipulations œnologiques, les concentrations et des “essais”, on sait faire du vin !

À Saint-Émilion comme ailleurs, ceux-là se moquent des amateurs et des autres vignerons de l’appellation que nous défendons,qui savent très bien s’il faut mettre 10 %, 20 %, 30 %, 50 % de leurs vins en barriques neuves, ou moins, ou plus, selon la force du millésime et la structure du vin. On ne fait du bon vin, et a fortiori un grand cru, que sur des terroirs propices, de la “crasse de fer” aux argiles profondes, assortis de dépôts marins ou d’alios. Gare à certains prix, totalement injustifiés.

SATELLITES, FRONSAC

Les meilleurs vins de Montagne, Puisseguin et Lussac se retrouvent dans le Classement des “Satellites” de Saint-Émilion, et proviennent de terroirs spécifiques, limitrophes ou rapprochables d’autres sols d’appellations plus prestigieuses, ce qui leur permet de devenir de grands vins à part entière. On se fait vraiment plaisir dans ces appellations (de Roc de Calon à Mayne-Blanc, de Haut Saint-Clair à Béchereau…).
Bien que certains tentent de les mélanger, les deux appellations Canon-Fronsac et Fronsac partagent à la fois des différences et des similitudes. Là aussi, des vins sont surcotés et beaucoup plus marqués par leurs vinifications que par un terroir.

GRAVES/PESSAC-LÉOGNAN

Pour les Graves, il existe une variété importante de styles de vins. Cela va des crus réellement (et historiquement) exceptionnels (La Mission Haut-Brion en étant un bel exemple), issus des territoires de Pessac, Martillac ou Léognan, mais aussi ceux de Podensac ou Portets, certains d’entre eux, dans les appellations Pessac-Léognan ((Carbonnieux, La Tour-Martillac, Brown, Grandmaison… avec quelques-unes des plus belles bouteilles de la région dans les millésimes 2005 et 2004) comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un remarquable rapport qualité-prix-plaisir, d’autres crus atteignant des prix difficilement cautionnables. C’est évidemment le berceau des grands vins blancs de la région bordelaise (Chevalier, toujours sublime, suivi par Smith-Haut-Lafitte). Côté Classement,il est indéniable que de rares Graves (Rahoul, Le Tuquet, Chantegrive, Grand Bos…) atteignent également les sommets, grâce à un rapport qualité-prix superbe.

CÔTES

Dans les appellations de Côtes, qui se cherchent toujours, il s’agit de choisir entre les vins typés comme nous les aimons (ceux qui sont classés en “Premiers” comme Le Clos du Notaire, Haut-Maco, Laroche, Moulin Vieux…), et d’autres cuvées très spéciales, dépersonnalisées (à ne pas confondre avec les cuvées de prestige retenues), faisant la part belle à des vinifications trop sophistiquées, peu propices à mettre un terroir en avant, s’il existe. On essaie de se regrouper, on veut changer de nom, on ne sait pas ce qu’il faut faire. Pathétique, car on oublie que, seul, la mise en valeur des terroirs est la garantie de se créer des “niches” et la porte du succès de demain.

BORDEAUX SUPÉRIEUR

Dans les Bordeaux Supérieur, les progrès sont constants depuis plus de dix ans, on savoure de nombreux vins remarquables pour leur rapport qualité-prix-plaisir. La plupart des propriétaires retenus élèvent aussi de jolis Bordeaux blancs qui ont du mal à se faire une image. Pourtant, il est inadmissible (et risible) de trouver des cuvées (très) spéciales à plus de 15 € ! Une trentaine de crus (Lugagnac, Maison Noble, Grande Chapelle…) sont à la tête de cette appellation et vous les trouverez dans mon Classement.

SAUTERNES/LIQUOREUX

À Sauternes (et Barsac), l’équilibre géologique et climatique de la région en fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le Botrytis cinerea. L’appellation a connu une série de millésimes très différents, du plus exceptionnel (2007, 2004, 2001) au plus difficile (2002). Attention au passerillage, qui n’a rien à voir avec le Botrytis… On parvient à des plaisirs intenses avec Coutet, Filhot, La Tour Blanche, Bastor-Lamontagne, Malle… En liquoreux, les appellations situées face à Sauternes, recèlent des vins onctueux, qui ont du mal à se faire un nom, pourtant d’un très bon rapport qualité-prix-plaisir.

Mes Classements 2009 sont la garantie de ne pas vous faire avoir. Gare au bluff, donc.

Les millésimes :  Voir  la Vintage Code

Pour les rouges
- les grands : 2005, 2004, 2003, 2001, 2000, 1998, 1996, 1995, 1990, 1989, 1988, 1986, 1985, 1983, 1982, 1978, 1976, 1971, 1970, 1966, 1961.
- les bons : 2007, 2006, 2002, 1999, 1997, 1994, 1993, 1981, 1979, 1975, 1964.

Pour les blancs (surtout liquoreux)
- les grands : 2007, 2006, 2005, 2001, 1999, 1996, 1995, 1990, 1989, 1986, 1983, 1978, 1976, 1970.
- les bons : 2004, 2003, 2000, 1998, 1997, 1994, 1988, 1979.

Millesimes




Ecrit il y a 1 month, 3 weeks à 11:04.

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* L’heure de gloire du Champagne

J’aime le Champagne, et il faut le considérer comme un vin à part entière : les très grandes cuvées de prestige (celles que l’on retrouve dans mon Classement dans la catégorie des Premiers Grands Vins Classés, puis dans une bonne partie des Deuxièmes Grands Vins Classés) sont des cuvées de Champagne que l’on boit comme un grand vin, en les associant à des moments du repas, sur des plats appropriés. On a la chance d’accéder ainsi aussi bien au summum de la finesse qu’à celui de la complexité et de la vinosité.

Le Champagne a donc franchi les simples barrières du luxe et de la fête pour devenir un vin à part  entière. Tant mieux, car, la force du terroir est réelle ici et vient s’allier à cet art exceptionnel de l’assemblage que chaque vigneron ou maître de chai va marquer de sa “patte”, créant une bouteille unique, que personne n’a réussi à égaler, partout dans le monde, où l’on ne fait que des mousseux…  Qu’elles dégagent des notes de chèvrefeuille, de rose ou d’abricot, qu’elles développent en bouche les nuances de noisette, de brioche ou de fruits mûrs, les cuvées sont plus passionnantes les unes que les autres, dans une large gamme, alors que l’image de marque n’est plus suffisante, la régularité qualitative et les prix, justifiés (ou pas), faisant la différence.

Bien que l’on en parle moins (à tort), le terroir, les sols ont toute leur importance en Champagne, apportant une spécificité réelle et différente selon que l’on se trouve à Cramant ou à Épernay, à Ay ou à Bouzy, dans l’Aube ou la Marne. À cela s’ajoute la proportion des cépages, et chaque maison, cave ou vigneron, possède alors les facultés de créer véritablement une cuvée légère ou puissante. Et puis, ce qu’il ne faut pas occulter pour comprendre la différence entre une grande cuvée et une autre, ce sont, outre l’art fondamental de l’assemblage que signe la main de l’homme, les incontournables vins de réserve, que l’on ajoute à des vins plus jeunes. On ne fait un grand vin que si l’on a du stock, l’exception confirmant la règle.

Comme partout également, on trouve aussi des cuvées bas de gamme, qui changent de nom et d’étiquette selon leurs distributeurs, et des cuvées de concours qui masquent l’ensemble de la production, faute de savoir-faire ou d’approvisionnements adéquats. Certaines négociants sont dans ce cas, de plus en plus de producteurs se réservant leurs meilleures cuves ou raisins pour vendre en direct (on les comprend). Il y a aussi des cuvées bien trop chères, difficilement cautionnables, donc. Attention aussi aux nombreuses marques qui appartiennent à certains “faiseurs”. Ai-je besoin de souligner que, autant que je puisse le savoir (certaines marques – caves coopératives ou négociants – cachant bien leur véritable identité), ceux qui ne sont plus que des noms sur une étiquette ne font pas partie de cette hiérarchie, comme d’autres marques de négoce, dont la qualité n’est pas en cause, qui sont dirigées par des responsables de groupes qui vendent du Champagne aujourd’hui comme demain de la lessive…

Mon Classement 2009 est donc un vrai coup de cœur, entièrement actualisé, et vous montre le véritable visage de la Champagne, qui tient compte de la qualité, du prix, de la régularité, de l’accueil et de la passion des hommes. C’est ce qui fait tout son intérêt ; récompenser les meilleurs, les plus connus comme les autres, ceux qui respectent les consommateurs. L’image de marque n’est plus suffisante, c’est la régularité qualitative et des prix justifiés (ou pas) qui comptent. Ce Classement, cette hiérarchie plutôt, vient toujours, et avant tout, récompenser les efforts accomplis, le talent des hommes et leur volonté qualitative, qu’ils élèvent des cuvées de grande régularité, de la plus prestigieuse à la plus sympathique, sans comparer ce qui ne l’est pas, depuis des générations ou simplement depuis 10 ans… Voir les meilleurs vins de l’année.

Les Premiers Grands Vins Classés
Il y a 22 maisons qui atteignent le haut du pavé cette année, certaines d’entre elles bénéficiant d’un exceptionnel rapport qualité-prix-régularité. On remarquera que la plupart sont des maisons familiales (certaines marques ne sont plus que des noms qui changent régulièrement de main), et qu’une seule coopérative y est présente. Les (très) grandes maisons historiques, qui ont su préserver, voire accentuer, leur suprématie qualitative, méritent un véritable “coup de chapeau”. Pas si facile pour Taittinger ou Pol-Roger de rester au “top” depuis longtemps (ces grandes maisons sont souvent propriétaires d’importants vignobles et dirigées par des hommes pour lesquels la continuité patrimoniale prime, ceci expliquant cela), d’autant plus que l’on peut estimer que leurs plus grandes cuvées méritent leur prix, alors que pour d’autres marques réputées, il est de plus en plus difficile de justifier les prix atteints par certaines cuvées de “prestige” à 200 ou 300 e, sans parler de certaines marques qui font des cuvées de base chères qui n’ont pas grand intérêt. Celles que nous mettons au sommet sont aussi des maisons qui réussissent remarquablement leurs “simples” cuvées, et ce n’est pas le plus facile.

Aux côtés de maisons incontournables (Charles Heidsieck, Gosset, Alfred Gratien…), quelques autres atteignent les sommets, notamment pour récompenser un savoir-faire et/ou un rapport qualité-prix indéniable (Thiénot, De Sousa, Ellner, Veuve A. Devaux et Pierre Peters). Trois autres sont à leurs côtés cette année : Geoffroy, Philipponnat, De Venoge.

Chaque marque n’est bien sûr pas à “comparer” à une autre, et le tout est de rester maintenant à sa place. Il est donc impératif de suivre à la lettre la hiérarchie interne de ce Classement 2009, les Premiers des “Premiers” étant intrinsèquement “supérieurs” aux autres “Premiers”, et ainsi de suite, en sachant que le rapport qualité-prix prime et explique bien des choses, exceptions obligent.

Les Deuxièmes Grands Vins Classés
C’est vraiment une mine d’or pour les amateurs exigeants, passionnés par les terroirs qui permettent cette mosaïque unique avec un exceptionnel rapport qualité-prix-plaisir. Une hiérarchie forte se met également en place à l’intérieur de cette catégorie, les Premiers des “Deuxièmes” étant aussi intrinsèquement “supérieurs” aux autres “Deuxièmes”, et ainsi de suite.

Quand je déguste leurs cuvées, notamment “à l’aveugle”, j’hésite à chaque fois de faire passer un bon nombre de ces propriétaires au sommet (ils ont un *), notamment ceux qui sont dans le peloton de tête de cette hiérarchie, élevant des cuvées les unes plus séduisantes que les autres, garantes d’une typicité et d’une régularité qualitative exemplaires à des prix remarquables (Paul Bara, Gonet-Sulcova, Charles Mignon, Bonville, Delaunois, De Lozey, Lombard, Prin, Gaston Chiquet, Rutat…), un bon nombre exploitant des terroirs situés en Grands (et Premiers) Crus, ceci prouvant que, ici comme ailleurs, la force du terroir est primordiale, avec l’art de l’assemblage, les stocks et l’élevage.

À leurs côtés, très proches qualitativement (voire meilleurs selon les cuvées), ceux qui bénéficient également de rapports qualité-prix-typicité exceptionnels, et peuvent prétendre aux plus hautes places (Pierre Arnould, Hamm, Bonnaire, Mandois, Ralle, Gimonnet, Pierre Mignon, Leclerc-Briant, Jacques Busin, Legras et Haas, Bourgeois, lLaurent-Gabriel, Fleury, Vergnon, Michel Lenique, Daniel Caillez, Prévoteau-Perrier …).

Quelques coopératives travaillent remarquablement (Vincent d’Astrée, De Castelnau, Marquis de Pommereuil, Beaumont des Crayères, Clérambault…) et peuvent être fières de signer de telles cuvées. Elles font frissonner, à juste raison, des marques beaucoup plus connues qui ne sont qu’une façade sur l’étiquette ou des vignerons imbus d’eux-mêmes, multipliant des cuvées sophistiquées navrantes…

À la suite, une bonne centaine de maisons, caves et vignerons, fer de lance de l’exceptionnelle révolution qualitative qu’a connue la Champagne depuis 30 ans, chacun avec sa spécificité, chacun pouvant mériter mieux…

Les Troisièmes Grands Vins Classés
La plupart devraient monter dans la catégorie supérieure, et sont en position “d’attente”, car leurs cuvées n’ont pas encore pu être suivies sur plusieurs années. Le rapport qualité-prix est très abordable, avec des bouteilles qui se font parfois un malin plaisir de détrôner des marques plus connues dans les dégustations.




Ecrit il y a 2 months à 11:19.

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