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Château BOURGUET
Jean et Jérôme Borderie
Les Bourguets 81170 Vindrac-Alayrac
Tél. et Fax. 05 63 56 15 23
e-mail : jean.borderie@libertysurf.fr
Vignoble de 21,50 ha (4 générations). Terrain argilo-calcaire très caillouteux, et une moyenne d’âge des vignes de 40 ans. Excellent Gaillac rouge 2004 (60% Braucol, 20% Duras, 10% Cabernet, 10% Syrah), bien élevé, bien charpenté, charnu, de robe soutenue, ample en bouche, au nez légèrement épicé, aux tanins bien fondus. Le Gaillac blanc doux 2004, 100% Len de l’El, au nez complexe où s’entremêlent des nuances d’acacia, de fruits confits et de fleurs blanches, est tout en suavité, à déboucher sur un foie gras.
Domaine des BOUSCAILLOUS
Annie Caussé
Le Village 81170 Noailles
Tél. 05 63 56 85 34
Fax. 05 63 56 85 56
e-mail : chateau.bouscaillous@wanadoo.fr
www.chateaubouscaillous.fr
Le vignoble est constitué de 36 ha de vignes. Beau Gaillac blanc doux cuvée La Centenaire 2005 (95% Mauzac et 5% Muscadelle, vignes de 70 à 100 ans), d’une onctuosité raffinée, tout en arômes (pain d’épices, pomme mûre), subtil et complexe, très persistant en bouche. Le 2003 est superbe, médailles d’Argent aux Vinalies Internationales, de Bronze à Mâcon, d’Argent au Concours des Vignerons Indépendants, onctueux et persistant, aux notes florales complexes (rose, acacia…), fondu en bouche avec cette touche de brioche caractéristique. Le Gaillac rouge 2004, très bien élevé en fûts de chêne, de belle couleur, parfumé, avec ces notes de sous-bois et de griotte, aux tanins fermes et ronds à la fois, fondu en bouche, de garde bien sûr.
Manoir de l’EMMEILLÉ
Charles et Jeanine Poussou
81140 Campagnac
Tél. 05 63 33 12 80
Fax. 05 63 33 20 11
e-mail : contact@emmeille.com
www.emmeille.com
Troisième génération de vignerons pour ce domaine de 42 ha situé sur des terrains argilo-calcaires et pierreux. Goûtez leur Gaillac cuvée Sarah rouge 2001, élevé en fûts, de robe soutenue, a des tanins équilibrés, un vin épicé, d’une jolie concentration en bouche mais également tout en finesse. Goûtez leur joli Gaillac rosé 2005 (Gamay, Syrah et Braucol), tout en arômes comme ce Gaillac blanc sec Fleur de Mauzac 2005. Savoureux Gaillac Doux, d’une suavité charmeuse, tout en arômes (pain grillé, citron), riche et ample, tout en bouche, une réussite.
Domaine de LABARTHE
Jean Albert et Fils
81150 Castanet
Tél. 05 63 56 80 14
Fax. 05 63 56 84 81
e-mail : domainedelabarthe@vinsdusiecle.com
www.vinsdusiecle.com/domainedelabarthe
Toujours à la tête des Premiers Grands Vins Classés. Le beau domaine de 63 ha est situé sur la commune de Castanet, dans le canton de Gaillac, sur les coteaux de la rive droite du Tarn. Il est à 10 km de Cordes, cité médiévale du XIIIe siècle, et à 15 km d’Albi, pays de Toulouse-Lautrec. Jean Albert et son fils Jean-Paul en sont les propriétaires; des recherches généalogiques attestent que le domaine appartenait déjà à la famille Albert au début du XVIe siècle. Le vignoble est situé autour du siège de l’exploitation, sur les coteaux exposés au sud, très caillouteux. Le tout explique ce Gaillac rouge cuvée 2004, associant concentration aromatique, rondeur des tanins et persistance en bouche, avec ces notes de cuir et de fruits légèrement confits, d’excellente évolution. Beau Gaillac blanc doux Les Grains d’Or 2003, dense et velouté, de belle couleur, au nez riche et bien présent dominé par des notes d’agrumes très mûrs et de pain grillé, tout en nuances (le 2001 est superbe aujourd’hui). Excellent Gaillac blanc sec Premières Côtes 2004, de bouche puissante et harmonieuse, un vin corsé, suave et sec à la fois, où s’entremêlent les fruits, les épices et les fleurs fraîches, tout en bouche, vraiment charmeur. Leur Gaillac Méthode Gaillacoise, très séduisant, sent les fruits frais et l’acacia, un vin de mousse crémeuse.
Château LASTOURS
Hubert et Pierric de Faramond
81310 Lisle-sur-Tarn
Tél. 05 63 57 07 09
Fax. 05 63 41 01 95
e-mail : chateau-lastours@wanadoo.fr
Un domaine de 40 ha de vignes sur des terres graveleuses et sableuses. Beau Gaillac rouge cuvée Spéciale 2004 (40% Syrah, 10% Fer servadou, 20% Cabernet-Sauvignon, 10% Merlot), de belle couleur grenat, intense, corsé, velouté, avec des notes subtiles de sous-bois et de truffe, aux tanins fermes mais souples, puissant et chaleureux. Le Gaillac blanc Les Graviers 2005, au nez de genêt, est très persistant, tout en bouche comme le Gaillac rosé cuvée Les Graviers, à ouvrir sur un soufflé.
Château LECUSSE
Mogens N. Olesen
81600 Broze
Tél. 05 63 33 90 09
Fax. 05 63 33 94 36
e-mail : post@chateaulecusse.fr
www.chateaulecusse.com
Incontestablement au sommet. Une propriété de 78 ha dont 47 ha de vignes, sur sol argilo-calcaire. Beau Gaillac blanc sec 2004 (100% Sauvignon, vignes de 15 ans sur sol argileux et calcaire, élevage sur lies fines et en cuves), l’un des meilleurs dégustés dans ce millésime, typé, avec des arômes de fougère et de fruits frais, d’une grande finesse, un vin riche, avec une finale persistante et puissante. Le Gaillac rouge 2004, bien vieilli en fûts durant 12 mois (45% Merlot, 35% Syrah et 20% Cabernet-Sauvignon, vignes de 25 ans sur sol argileux) est riche, coloré et bouqueté, aux notes de cerise confite et d’humus, avec cette bouche chaleureuse et puissante. On se fait également très plaisir avec leur Gaillac rouge cuvée Spéciale 2003, avec ce nez complexe où dominent la mûre, la groseille et l’humus, associant puissance et finesse, un vin charnu, aux tanins riches, d’excellente garde.
Domaine du PIALENTOU
Jean et Kai Gervais
81600 Brens
Tél. 05 63 57 17 99 et 06 85 52 33 19
Fax. 05 63 57 20 51
e-mail : domainepialentou@vinsdusiecle.com
www.vinsdusiecle.com/domainepialentou
À la tête des Premiers Grands Vins Classés. Le domaine est situé sur les terrasses de la rive gauche du Tarn, à deux pas de la charmante cité Renaissance de Gaillac. Depuis l’été 2004, le domaine est certifié Qualenvi, le référentiel Qualité, Service, Environnement des Caves Particulières. Remarquable Gaillac Les Gentilles Pierres rouge 2004 (Syrah, Merlot, Cabernet-Sauvignon et Braucol), puissant, fin, élégant, avec de la matière, de belle couleur soutenue et avec des arômes de petits fruits rouges intenses (cassis, cerise), d’une jolie finale (le 2002 est à savourer en ce moment). Goûtez le Gaillac Les Gentilles Pierres blanc sec (Sauvignon prédominant et Mauzac), au bouquet où s’entremêlent des notes de fruits frais et de tilleul, harmonieux, à la fois suave et vivace au palais. À la suite, le Gaillac Nuances de Cocagne rouge 2004, charnu, très parfumé, tout en bouche, savoureux et complexe, aux tanins mûrs, et ce Nuances de Cocagne blanc 2005 (50% Sauvignon et 50% Mauzac), issu d’une macération pelliculaire, est un vin de belle robe, au nez de noisette, typé et dense, très aromatique. Excellent Gaillac Les Gentilles Pierres blanc doux, aux notes d’abricot et de pain grillé, gras et persistant.


Pour Patrick Dussert-Gerber, depuis 28 ans, le vin est une entité à part entière qui associe l’inné et l’acquit, le talent et la passion, le ciel et la terre, l’homme et la science, le matériel et l’irrationnel, la poésie et le savoir, le plaisir et la mesure (si l’on a soif, on boit autre chose)… Il faut respecter à la fois une culture et une éthique. Il faut rester humble devant les dégustations, sincère face à ses convictions, défendre tous ceux qui s’attachent à élever un vin digne de ce nom avec passion et convivialité. Dans cette optique, il y a peu de place pour la frime
ou l’arrogance. Le vin, c’est donc le reflet d’un état d’esprit, et d’une éthique, technique et morale. Le reste, l’osmose inverse à outrance, les concentrateurs, le surboisage… c’est du dopage, et du blabla.
Brigitte Dussert : vous aimez beaucoup l’Alsace et ses vignerons. Les vins ont-ils évolué ?
Patrick Dussert-Gerber : l’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin…) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr…
Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris) ?
Brigitte Dussert : le Beaujolais est-il reconnu comme il le devrait ?
Patrick Dussert-Gerber : paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat…
Brigitte Dussert : les vins de Loire semblent poursuivre leur chemin, naturellement, sans péripéties ?
Patrick Dussert-Gerber : le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici. Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.
Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau…), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise…). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer…).
Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon… les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie… pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard…), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine…).
L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau…
Brigitte Dussert : la Bourgogne est toujours inattaquable pour ses vins blancs. On entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?
Patrick Dussert-Gerber : la Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde. Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés… et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.
En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.
En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997…) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot… On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.
Brigitte Dussert : vous aimez également beaucoup les blancs comme les rouges de la Vallée du Rhône…
Patrick Dussert-Gerber : c’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu… font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production. Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.
Brigitte Dussert : et la Provence ? On voit une remontée forte du rosé.
Patrick Dussert-Gerber : ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.
C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene…), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse…) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.
Brigitte Dussert : le Languedoc, c’est toujours l’avenir ?
Patrick Dussert-Gerber : en Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge… La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution. Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”. Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité… Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !
Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.
Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes…), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio…), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs…) et en (rares) vins de pays.
Brigitte Dussert : en Sud-Ouest, calme plat ?
Patrick Dussert-Gerber : j’aime bien ces vins. Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”…
Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.
Brigitte Dussert : en Champagne, tout va très bien ?
Patrick Dussert-Gerber : c’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché… Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne. Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important. Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier. Tout a changé ici. En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot…), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier…), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau…) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy… et beaucoup d’autres). Je vous renvoie à notre article et au Classement.
Brigitte Dussert : et, à Bordeaux, ce grand vignoble qui vous tient à cœur.
Patrick Dussert-Gerber : à Bordeaux, il faut faire des distinctions. Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.
Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France. Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?
Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail…).
Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus (voir page 112) à de nombreaux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard…).
En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.
À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction. J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (confer page
est dans la lignée. Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.
Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes… On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.
Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir. La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.
Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.
Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes. Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région. En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir !
Brigitte Dussert : le respect de la nature, la convivialité, la diversité…
Patrick Dussert-Gerber : pour faire un bon vin, il faut rester humble. C’est la nature qui a modelé des territoires, formé des strates, créé l’érosion, apporté des alluvions… Cette nature, il faut l’entretenir, la respecter, la mettre en valeur au travers d’une écologie évidente. L’homme n’intervient qu’après. Il a le choix : soit il se prend (très) au sérieux, plante n’importe où, mise sur les sophistications œnologiques, multipliant les “jus de confiture”, bref, fait un “produit”, blanc, rouge, mousseux ou rosé, et parfois à un prix inadmissible. Soit, le vigneron fait partie intégrante de son terroir, s’efface devant lui en le laissant s’exprimer, maîtrisant les techniques modernes qui sont alors les bienvenues quand elles ne viennent pas “aseptiser” les vins.
Il faut aussi avoir une éthique. On ne peut pas accepter l’arrogance de quelques propriétaires (vous n’en trouverez pas beaucoup dans MILLÉSIMES) face à la crise sociale que connaît encore le monde du vin en France. Chacun doit être rémunéré et la solidarité doit primer. Le prix n’entre pas en cause, c’est l’état d’esprit qui compte : on peut être riche et savoir partager, élever le plus grand vin du monde et rester modeste, promouvoir sa région avant d’aller chercher ailleurs. Et puis, ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.
© Paru dans MILLESIMES 2007
Voir aussi la sélection des meilleurs producteurs de l’année : http://www.millesimes.fr/

Ce que vous devez absolument retenir cette année
Alsace
Il existe une réelle convivialité des hommes de la région et leurs vins atteignent une typicité rare, procurant la joie du vin, à des prix qui ont tendance à monter. Attention à la complexité des terroirs, voire à l’amalgame entre des crus et des lieux-dits. Il faut rechercher la fraîcheur et la vivacité, au détriment de vins parfois trop souples, qui deviennent de plus en plus “douceâtres”. Les millésimes 2005, 2004, 2002 et 2001 sont savoureux, le 2003 a été plus délicat à vinifier (en Vendanges Tardives, misez sur les 2004, 2001, 2000, 97 ou 89).
Beaujolais
La force du terroir donne une réelle typicité à chaque cru, et les meilleurs vignerons s’évertuent à sortir de beaux vins, chacun représentatif du style de son appellation. Pour s’en apercevoir, il suffit d’objectivité, d’un minimum de connaissance du terrain, de modestie et de partager l’amour du vin comme le font les producteurs du Guide. Le 2006 est réussi mais délicat à maîtriser, le 2005 est très typé, le 2004 est un millésime dense et très aromatique, et le 2003, trop mûr, beaucoup moins intéressant. En Jura et Savoie, de nombreux coups de cœur, avec une gamme qui va de la plus grande fraîcheur à la plus grande complexité.
Bordeaux
Attention aux prix des grands crus 2005, il faut savoir choisir et ne pas se faire avoir.
v Dans le Médoc, la priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faire la nature… Il y a une dizaine d’années, le travail des vignes avait été délaissé dans certains grands crus, au profit de la vinification et d’expériences à outrance. Si les techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires traditionnels continuent de faire ce qu’ils savent faire, en se servant des progrès mais sans masquer leur typicité. De Pauillac à Saint-Estèphe, de Moulis à Margaux, à Listrac comme à Saint-Julien, en Haut-Médoc et en Médoc, les coups de cœur sont nombreux. En parallèle, les prix très exagérés de certains vins renommés sont difficilement cautionnables, surtout pour le 2005. Misez sur les 2004 et 2002, voire 2001, très classiques, encore trop jeunes à boire, et faites-vous plaisir avec les 99, 97, 96 ou 90.
- Structure, charme, intensité, distinction, les plus grands vins de Pomerol sont particulièrement sensibles et marqués par leurs sols, très diversifiés. Ici, nul besoin de s’escrimer à vouloir abuser de la barrique neuve ou d’une surconcentration pour faire un grand vin, c’est le terroir qui prime, et signe la distinction. Les 2004, 2003 et 2002 sont très savoureux (le 2002 peut-être même supérieur), le 2001 remarquable, plus fin, le 2000, superbe.
- À Saint-Émilion, si certains se flattent ici d’élever des cuvées très “spéciales”, il faut plus que jamais tirer un coup de chapeau aux propriétaires de talent qui élèvent les véritables grands vins de Saint-Émilion, satellites compris, du plus grand des grands crus au plus modeste rapport qualité-prix. On partage avec les propriétaires retenus dans le Guide le plaisir du vin, la modestie face à la force de la Nature, et cette convivialité propre à la région. Beaux millésimes 2004 et 2001, éclipsés à tort par les 2003 et 2000. Quelques crus ont remarquablement réussi le 2003, d’autres beaucoup moins, notamment ceux qui sont trop “confiturés”. Un certain nombre de crus pratiquent des prix qui ne sont pas justifiés. Comme dans l’ensemble du bordelais, débouchez les millésimes 2000 à 90 en ce moment.
- Du plus grand vin au plus abordable, on savoure, du nord au sud de cette “entité” des Graves, une variété importante de styles de vins. Des crus réellement exceptionnels, issus des territoires de Pessac, Martillac, Léognan, mais aussi ceux de Podensac, Portets ou Saint-Morillon, certains d’entre eux, dans les appellations Pessac-Léognan comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un remarquable rapport qualité-prix-plaisir. C’est le berceau des grands vins blancs de la région bordelaise, aux côtés de rouges puissants et typés. Mes dégustations en Pessac-Léognan comme en Graves, des millésimes 2005 à 2001, confirment mon Classement des valeurs sûres, celles où le talent des hommes s’associe à la race du terroir. Gare à certains prix néanmoins, comme à une concentration outrancière chez certains, au détriment de la typicité. Les blancs 2004, 2001, 2000, 98 ou 97 sont excellents.
- Il y a de tout dans ces appellations de Côtes, de grands vins racés et typés comme nous les aimons et d’autres cuvées qui font la part belle à des vinifications trop sophistiquées, peu propices à mettre un véritable terroir en avant. Il s’agit donc de savoir miser sur les hommes et les femmes qui le méritent, assumant la grande tradition bordelaise depuis des années. Misez sur les millésimes 2005 à 2000, avec l’opportunité du 2004.
- Mon soutien à l’appellation des Bordeaux Supérieur ne date pas d’hier. Mes dégustations des millésimes 2005 à 2000 confirment l’exceptionnel plaisir que procurent aujourd’hui ces vins, même si, comme ailleurs, la différence des terroirs et l’élevage sont toujours prépondérants. Attention également aux cuvées trop boisées ou trop concentrées (et bien trop chères), qui n’ont aucun intérêt. Les meilleurs tiennent la distance avec des millésimes 98 ou 96, excellents actuellement.
- A Sauternes, l’équilibre géologique et climatique de la région en fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le Botrytis cinerea, ce minuscule champignon qui a le pouvoir d’augmenter la teneur en sucre des raisins, aidé par les brumes matinales des automnes qui précèdent un soleil chaud à midi, favorisant sa prolifération. Terroir oblige, les crus développent leur propre spécificité, certains très liquoreux, d’autres tout en finesse, et les prix sont largement justifiés quand on connaît les efforts et la patience des propriétaires. Plusieurs millésimes, en dehors du 2002 (où le plaisir est bien rare), comme les 2001, 99 ou 98 sont de toute beauté. Le 2003 est réussi, certainement moins typé, et le 2004 particulièrement savoureux et classique. Les plus grandes bouteilles à leur apogée sont aujourd’hui celles des millésimes 96, 95 ou 89, où l’on atteint le grand art.
Bourgogne
Ici, on ne s’excite pas à faire des vins “putassiers”, privilégiant ce qui doit l’être : le terroir et le fruit. L’altitude des vignes, l’inclinaison des pentes, la richesse des sous-sols en ressources minérales… Tout concourt donc ici, à faire la différence entre un bon vin et un vin sublime, et cela explique l’extrême diversité des grands vins bourguignons, qui leur donne cette typicité unique, où l’élégance prédomine toujours, en rouge comme en blanc. Élever un grand vin, en effet, c’est être aussi capable de le partager avec passion et humilité, et cela ne s’apprend pas. Voici donc ces vignerons talentueux et passionnés que je soutiens, pour lesquels il n’y a nul besoin de fioritures ni de vinifications “gonflées”, et dont les prix sont bien souvent largement justifiés, d’autant que les millésimes 2004, 2003, 2002, 2001, 2000 et 99 sont très savoureux. Exceptionnel 2004, en blanc comme en rouge, qui côtoie donc un 2003 atypique. Le grand 2005 suit le 2004, dans les 2 couleurs, et demande de la patience. Superbes bouteilles en blancs dans les millésimes 2000, 99, 95 ou 89, alors que les meilleurs rouges développent leur attrait dans les millésimes 99, 97, 89 ou 85. Attention, les prix remontent, et certains en profitent trop, ce quyi explique ma sévérité cette année.
Champagne
On est vraiment au sommet dans la région. Mon Classement est encore remanié cette année, avec des producteurs qui montent en grade… Cette hiérarchie vient toujours, et avant tout, récompenser les efforts accomplis, le talent des hommes et leur volonté qualitative. Un bon Champagne c’est charmeur, un grand Champagne, c’est toujours un plaisir exceptionnel, que l’on n’a d’ailleurs jamais pu copier ailleurs. Les hommes et les femmes, les assemblages et les terroirs font, là comme partout, toujours la différence. Certains “vieux” millésimes sont remarquables de fraîcheur et prouvent le potentiel d’évolution des meilleures cuvées. On trouve de remarquables cuvées à des prix très justifiés, dans toute la gamme, comparativement à d’autres appellations, et on comprend le sucès de la région.
Languedoc
Je soutiens les hommes et les femmes qui s’attachent à élever des vins typés par ces terroirs de garrigues, maîtrisant les rendements, respectant leur spécificité. Les terroirs ont le potentiel pour que l’on y élève tout naturellement de grands vins racés, sans vouloir copier telle ou telle appellation plus connue avec des cépages inappropriés. Pour certains, l’exagération des prix et certaines “renommées” bien trop récentes commencent à se dégonfler comme des baudruches. Les millésimes 2004 et 2003 sont réussis, les 2002 et 2000 savoureux.
Provence
Il faut savoir choisir la bonne adresse ici, se méfier des vins et des prix de “touristes”, et de la grande cavalerie des rouges et rosés de bas de gamme que l’on débouche parfois. Ceux qui comptent sont ceux de ces propriétaires qui laissent s’exprimer au mieux les grands cépages de la région (Grenache, Mourvèdre, Cinsault, Rolle, Ugni blanc…), dans ces terroirs complexes, argilo-calcaires, caillouteux, graveleux ou sableux. Eux élèvent des vins formidables dans toutes les appellations, en rouge, en blanc et en rosé. Idem pour la Corse. L’influence des millésimes est beaucoup moins marquée ici, et l’on peut estimer une très bonne série 2004, 2003, 2002 (un ton en-dessous) et 2001. Les blancs sont souvent remarquables, et les rosés reviennent à la tête de ce type de vin (2005 superbe).
Sud-Ouest
S’il s’agit de faire attention aux “microcuvées” qui apparaissent, pas typées et à des prix incautionnables, les meilleurs vignerons s’attachent ici à élever des vins racés comme nous les aimons. Les vins ont une réelle typicité, un potentiel de garde (beaux 99, 95 ou 86) où les cépages et les sols ont leur influence et une véritable présence historique. Les millésimes 2004, 2003 et 2001 sont des réussites. Quelques rapports qualité-prix-plaisir exceptionnels, en rouges, en blancs secs et en liquoreux (millésimes 2004, 2000, 95 ou 90).
Val de Loire
De la Touraine au Pays Nivernais, du Pays Nantais à l’Anjou-Saumur, la typicité s’allie à un rapport qualité-prix régulièrement remarquable et tout concourt au plaisir du vin. Les hommes élèvent des vins à leur image. Pour les blancs secs, de très grandes bouteilles en Pouilly-Fumé comme à Vouvray, à Sancerre comme à Savennières ou à Saumur. Les liquoreux sont exceptionnels, notamment en Coteaux-du-Layon ou Vouvray, et les rouges associent charpente et fraîcheur, du plus souple (Touraine, Bourgueil, Sancerre…) au plus charnu (Chinon, Saumur-Champigny…), des vins qui s’apprécient jeunes mais savent aussi garder la distance (remarquables 2000, 98 ou 95). Le millésime 2002 est très réussi en blancs, difficile en rouges, et les 2004, 2003 et 2001 sont savoureux. Beaux liquoreux en 2004, 2003 et 2001, et un millésime 2005 très typé, très prometteur.
Vallée du Rhône
De Vienne en Avignon, les vins rouges et les blancs, du plus prestigieux au plus méconnu, sont denses, racés et chaleureux, et, pour la plupart, bénéficient d’un très beau rapport qualité-prix-typicité. Viennent alors se rejoindre la convivialité, le terroir, et la main de l’homme, qui font toujours la différence. Le millésime 2003 est parfois très mûr, le 2002 a été très difficile à maîtriser, et le 2004 très classique, très réussi. Il faut aussi prendre le temps de conserver ces vins, car on débouche de grandes bouteilles actuellement dans des millésimes comme 98, 95, 90 ou 85, voir la Vintage Code ©, page 37.
© Voir le GUIDE DUSSERT-GERBER DES VINS DE FRANCE 2008 (Editions Albin Michel).
Voir aussi : [www.patrick.dussert-gerber.com|www.patrick.dussert-gerber.com|fr]
Et : [www.guidedesvins.com|www.guidedesvins.com|fr]
Ma sélection est sévère cette année. Il faut dire que, depuis 28 ans, je connais des milliers de producteurs, du plus chaleureux au plus orgueilleux, du plus passionné au plus mercantile, du plus arrogant au plus enthousiaste… Cela permet d’appréhender toute cette filière viticole, et il faut, aujourd’hui plus qu’hier, choisir son camp. Il y a 3 points qui me tiennent à cœur :

- L’éthique du vin. Je la défends, pour les consommateurs, comme la grande majorité des vignerons dignes de ce nom que vous trouverez dans le Guide. Avoir une éthique, c’est ne pas galvauder ses racines, son histoire, pour gagner quelques euros, s’attacher à laisser s’exprimer la nature sans abreuver à outrance les vignes de pesticides ni se servir exagérément de quelques sophitications œnologiques (concentrateurs, copeaux de bois, levures, chauffes spéciales de barriques neuves…) qui ne servent qu’à habiller un vin. Un vrai vin n’a pas besoin de maquillage.
- La typicité. Quel est l’intérêt de boire un vin rouge, blanc ou rosé qui n’a pas la moindre originalité par rapport à un autre ? La course à la mondialisation est bien souvent l’occasion d’aseptiser les produits, de “lisser” les différences, d’exclure toute subjectivité, de moduler les goûts en prenant les consommateurs pour des gogos. Un jour, on vous fait un produit pour les filles, le lendemain une bibine pour le 3e âge, on voit débarquer des vins en canettes, etc. Faire cela, c’est tout simplement niveler la qualité par le bas. Ne croyez pas les pubs ou les dossiers de presse qui proclament qu’il faut s’adapter aux consommateurs, le seul but de tout cela, c’est la rentabilité, rien d’autre. Le goût du vin (et de la vie), c’est le plaisir, la diversité, le choix, pas l’argent, l’uniformité ou le collectivisme.
- Le rapport qualité-prix-plaisir. Il y a en France des vins qui atteignent des prix injustifiés et que je ne cautionne plus. Je ne pense pas aux quelques crus mythiques à des prix innaccessibles pour lesquels on entre dans le monde du luxe. Je parle de certaines cuvées du Languedoc, du Sud-Ouest, du Rhône, d’un bon nombre de crus de Bordeaux ou de Bourgogne… Le comble, c’est que la majorité de ces vins trop chers sont ceux qui sont aussi le plus dépersonnalisés, “travaillés”, concentrés à la limite de l’écœurement. C’est la porte ouverte aux bons vins étrangers (les vins typés, pas ceux que l’on fabriquent dans des cuveries grandes comme des laiteries).
J’aime donc les hommes et les femmes du vin enthousiastes, passionnants, humbles, qui s’attachent à défendre et à promouvoir la magie de leurs terroirs. On parle le même language, car, nous aussi, nous sommes passionnés : mon épouse, Brigitte, aux commandes de Millésimes, ma mère et ma tante, Colette et Claude, mes collaboratrices, Mélodie, Danièle, Isabelle et Yolaine, toutes m’aident à réaliser également le Guide que vous avez entre les mains, même si je reste seul à déguster.
Merci de votre fidélité.
Voir aussi : www.patrick.dussert-gerber.com
Et : www.guidedesvins.com
Lorsque, en 1985, j’ai été le premier à remettre en cause le « fameux » Classement des vins du Médoc, qui datait de 1855, cela avait créé quelques sautes d’humeur et de nombreux soutiens. Il m’a semblé ensuite logique de développer des classements pour toutes les régions de France, pour la grande majorité des appellations.
En revanche, et c’est contraire à la mode actuelle (et donc passagère), je me suis toujours refusé à « noter » un vin. La raison est simple : c’est pour moi une négation de ce « Sang de la Terre et du Ciel » que de l’affubler d’une note. Ce serait oublier la main de l’homme et la dimension humaine et subjective du vin. Faire cela, c’est comme si on notait un acteur de cinéma ou des peintres contemporains de 1 à 20. C’est une facilité pour attirer le chaland, qu’il me serait simple d’appliquer si je ne respectais pas autant les vignerons, que j’aime rencontrer car ils ont aussi leur importance (convivialité, passion…).
Mes Classements évaluent les meilleurs rapports qualité-prix-plaisir. Ils tiennent compte de tous les producteurs : vignerons, négociants et caves coopératives. Ils sont ouverts à tous.
Voir mes Classements : http://www.guidedesvins.com/
Pour mes Classements, trois points sont à retenir :
1 – Mes Classements ne sont pas figés et contiennent une hiérarchie interne.
2 – L’évaluation d’un cru se fait sur de nombreux millésimes.
3 – Chaque Classement est propre à une région.
Mes Classements ne sont pas figés et ont une hiérarchie interne
- Les 1ers grands vins classés
Le sommet, même il s’agit de « comparer » non plus uniquement l’image de marque mais une réelle et très grande régularité qualitative. Aux côtés de crus incontournables, quelques autres atteignent des sommets, notamment pour récompenser un savoir-faire et un rapport qualité-prix indéniable. Il est impératif de suivre la hiérarchie interne de chaque classement, les premiers des Premiers Grands Vins classés étant supérieurs aux autres Premiers.
- Les 2es grands vins classés
C’est la catégorie qui réserve le plus de surprises, et les coups de cœur y sont nombreux. À elle seule, cette catégorie est une véritable hiérarchie, et de nombreux producteurs y évoluent selon les derniers millésimes ou cuvées dégustées. Aux côtés de certains « grands » crus (ou marques) historiques qui parviennent à se maintenir au plus haut niveau (c’est surtout le cas à Bordeaux, en Bourgogne et en Champagne), plusieurs vins moins connus y figurent, grâce à leur régularité qualitative et un exceptionnel rapport qualité-prix-plaisir. Certains vins de cette catégorie peuvent d’ailleurs prétendre atteindre des sommets, et d’autres méritent largement leur place grâce à un rapport qualité-prix-typicité exceptionnel, même s’il faut savoir aussi respecter la hiérarchie interne de cette catégorie. En tout cas, de grandes valeurs sûres, et l’on peut noter que certains domaines, dont la notoriété n’existait pas il y a quelques décennies, parviennent, chacun dans sa catégorie, à s’imposer et à devenir incontournables.
- Les 3es grands vins classés
C’est une position « d’attente » où l’on trouve des vignerons qui élèvent des crus qui n’ont pas été suffisamment dégustés et qui peuvent détrôner des vins plus connus dans les dégustations à l’aveugle. Ces producteurs peuvent donc monter en grade, bénéficiant d’un *.
D’une manière générale, le fait même d’être dans ces Classements implique une haute tenue qualitative. Les vins ne sont intrinsèquement pas comparables, le Classement ne fait donc que les situer les uns par rapport aux autres, selon l’évolution des millésimes. Les « premiers » des Deuxièmes Grands Vins classés, par exemple, sont très proches de la catégorie Premiers Grands Vins classés. Il faut donc bien sûr tenir compte du prix pour comprendre qu’un très grand cru, sur le plan du terroir, mais très cher, peut être dans une catégorie semblable qu’un autre cru, peut-être moins connu, plus modeste, mais dont le rapport qualité-prix est excellent. Cela ne remet bien entendu pas en cause le très haut niveau qualitatif du vin le plus réputé (et donc le plus cher). Dans tous les cas de figures, certains vins classés peuvent mériter mieux dans des millésimes précis comme 2004, 2003, 2002 ou 2001 (ils sont indiqués alors par un *).
L’évaluation d’un cru se fait sur de nombreux millésimes
Un « grand » vin, ou plutôt un vin digne de ce nom, se mesure uniquement sur son potentiel d’évolution, sa régularité qualitative, même dans des millésimes délicats comme 97 ou 92, ou difficiles à maîtriser comme 2003, 2002, ou 94, et sur son aptitude à parvenir à maturité. Ces critères sont donc la base même de ces Classements, remaniés chaque année, par la force des choses et de la nature. Ils prennent compte bien entendu de l’évolution des millésimes précédents et peuvent être également remis en cause par la qualité des prochaines cuvées.
La plupart des producteurs retenus ont été suivis depuis 28 ans, ce qui permet de se faire une véritable idée de la régularité qualitative. C’est la seule chose qui compte pour pouvoir juger tel ou tel cru, et ne pas se laisser prendre par une cuvée spécialement « arrangée ». Quelques châteaux repris récemment sont classés en tenant seulement compte des deux ou trois derniers millésimes, et leur évolution viendra conforter ou non leur place actuelle. Ils sont indiqués entre parenthèses pour l’instant, tout comme les propriétés qui viennent d’être reprises. Les Classements ne sont donc pas statiques : ils se veulent le reflet d’une situation globale dans une appellation, qui tient compte de paramètres fondamentaux : typicité des crus, caractéristiques propres, qualité des vinifications et de l’élevage, homogénéité et régularité qualitative des cuvées, évolution des millésimes, politique qualitative des propriétaires, rapport qualité-prix… Les absents le sont principalement quand les dégustations effectuées n’ont pas été suffisantes pour pouvoir situer le vin.
Chaque Classement est propre à une région
Intrinsèquement, les vins ne sont pas les mêmes. Chaque cru retenu possède son propre caractère et demande à être apprécié en tant que tel, sans faire de véritable comparaison avec tel ou tel autre. Aucun Classement n’est donc à comparer avec un autre, et il ne doit pas y avoir de rapprochement entre une région ou une autre. On se doute bien qu’un Premier Grand Vin Classé de Chinon n’est pas au même niveau qualitatif qu’un Premier Grand Vin Classé du Médoc. C’est au sein d’une même région ou appellation qu’il faut comparer les vins. Un Deuxième Grand Vin Classé du Languedoc ne joue évidemment pas non plus dans la même catégorie qu’un Deuxième Grand Vin Classé de Bourgogne. On peut décliner les exemples et on aura compris qu’un Beaujolais Classé n’est pas à rapprocher d’un Pomerol au même niveau dans son Classement propre, idem pour un Sancerre et un Pessac-Léognan, un Bandol et un Vosne-Romanée, un Minervois d’un Pauillac, etc. Ainsi, dans les Classements de Bordeaux et de Champagne, j’ai également classé les vins en deux catégories, « puissance » et « élégance », pour mieux prendre en compte justement le caractère propre de chaque vin et éviter des comparaisons.
© Copyright Patrick Dussert-Gerber. Tous droits réservés. Reproduction interdite.
Voir les bonnes adresses : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=CHAMPAGNE&rech4=Y
Il y a 21 maisons qui atteignent le haut du pavé cette année, certaines d’entre elles bénéficiant d’un exceptionnel rapport qualité-prix-régularité. Celles que nous mettons au sommet sont des marques qui réussissent remarquablement leurs “simples” cuvées, et c’est très difficile. Chaque marque n’est bien sûr pas à “comparer” à une autre, et le tout est de rester maintenant à cette place. Il est donc impératif de suivre à la lettre la hiérarchie interne de notre Classement, les Premiers des “Premiers” étant intrinsèquement “supérieurs” aux autres “Premiers”, et ainsi de suite, en sachant que, toujours, le rapport qualité-prix prime et explique bien des choses.
Les Deuxièmes Grands Vins Classés une mine d’or pour les amateurs exigeants, passionnés par les terroirs qui permettent cette mosaïque unique avec un exceptionnel rapport qualité-prix-plaisir. Une hiérarchie forte se met également en place à l’intérieur de cette catégorie, les Premiers des “Deuxièmes” étant aussi intrinsèquement “supérieurs” aux autres “Deuxièmes”, et ainsi de suite. Il y a donc des propriétaires qui peuvent prétendre atteindre les sommets, élevant des cuvées les unes plus séduisantes que les autres, garantes d’une typicité et d’une régularité qualitative, un bon nombre exploitant des terroirs situés en Grands (et Premiers) Crus, et prouvant que, ici comme ailleurs, la force du terroir est primordiale, même si l’art de l’assemblage, les stocks et l’élevage feront la différence.
La plupart des Troisièmes Grands Vins Classés devraient monter dans la catégorie supérieure, et sont en position “d’attente”, car leurs cuvées n’ont pas encore pu être suivies sur plusieurs années. Ce sont des valeurs possédant un rapport qualité-prix très séduisant.
Nos coups de cœur, les bonnes adresses :
http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=CHAMPAGNE
http://www.guidedesvins.com/champagne.php
Voir aussi : http://millesimes.fr/classement.php?rech1=CHAMPAGNE&rech4=Y
Le pays est grand et les conditions climatiques ne sont donc pas les mêmes à San Diego, au sud, ou à Mendocino, au nord. Pour mieux comprendre les vignobles californiens, il faut savoir que le pays possède deux importantes particularités géographiques :
- La première, c’est l’influence constante de l’océan Pacifique, dont les eaux côtières sont très froides (il est toujours étonnant de regarder les dizaines d’otaries dans la baie de San Francisco). Pourtant, la Californie se situe très au sud, à la même latitude que l’Espagne ou l’Afrique du Nord. Le soleil frappe jour après jour, chauffant l’air comme dans un sauna. Cependant, vers midi, une brume marine se lève à l’horizon pour rapidement se transformer en un banc de brouillard s’avançant dans la baie de San Francisco, comme aspiré par quelque force invisible.
Par temps chaud, le brouillard touche toutes les vallées montagneuses donnant sur la baie de San Francisco. L’air se réchauffe et s’élève, créant un vide qui aspire l’air froid du Pacifique, et avec lui, le brouillard formé au large par le soleil matinal. Dans la chaude Californie, sans ce moyen de rafraîchir le raisin, il serait impossible de prolonger la période de mûrissement et donc de produire de bons vins.
Aussi, toutes les régions produisant de bons vins (à l’exception de deux zones où l’altitude remplit le même rôle) sont-elles situées là où une brèche dans la chaîne côtière crée un entonnoir dans lequel s’engouffre cette couverture d’air froid. Et, curieusement, plus on va vers le sud, plus ce froid devient vif.
Les vignobles les plus septentrionaux du comté de Mendocino sont considérablement plus chauds que ceux de la vallée de Salinas, à 160 kilomètres au sud de San Francisco. L’effet d’entonnoir y est aussi violent qu’un coup de vent hivernal. D’ailleurs, on y laisse souvent les raisins mûrir jusqu’en novembre. 160 kilomètres plus au sud, vers Los Angeles, dans la vallée de Santa Maria, le raisin mûrit difficilement et doit lutter pour recevoir un peu de soleil à travers la nappe de brouillard.
- La seconde particularité géographique de la Californie consiste en une chaîne montagneuse nommée la Chaîne côtière. Lorsqu’il n’existe pas de brèche créant un effet d’entonnoir, les vallées situées en arrière de cette chaîne s’avèrent de véritables fournaises. Bien qu’un climat aride et brûlant rende impossible la production de bon vin (à l’exception des ersatz de “portos” et de “xérès”), l’irrigation (on s’en doute) permet d’obtenir une énorme quantité de raisins, qui mûrissent très rapidement et, grâce à la sécheresse de l’air, ne sont pratiquement pas attaqués par les pourritures sévissant dans les vignobles les plus humides. La Vallée centrale s’étend sur 640 kilomètres, pratiquement jusqu’à Los Angeles. De Sacramento à Bakersfield, sur 200 kilomètres de large se trouve concentré le plus gros de la production californienne.
L’irrigation est un des facteurs qui me laissent perplexes : sous prétexte qu’il fait trop chaud, faut-il, arroser ou irriguer ? Est-ce bien la nature qui a voulu que la vigne pousse ici ? Sur ce principe, pourquoi ne pas faire pousser de la vigne sous serre, ou, mieux encore, carrément en laboratoire. Je vous laisse réfléchir à cela.
Les cépages
Merlot
Le Merlot de Californie a une robe allant de grenat à rouge foncé, un arôme franchement fruité et un bouquet aux nuances d’herbe, de groseille et de cerise.
Cabernet-Sauvignon
Il se cultive dans un sol bien drainé et un climat tempéré, et ses rendements sont de 7,5 à 12 tonnes à l’hectare. Le Cabernet-Sauvignon de Californie possède un arôme ample et un long en bouche, une structure assez ferme, où l’on perçoit les tanins et une certaine âpreté.
Zinfandel
Je n’ai jamais été emballé par le Zinfandel rosé (ou blanc). Par contre, c’est certainement avec les rouges provenant de ce cépage que l’on a vraiment l’impression de découvrir un nouveau style de vin ici. Il produit un vin parfumé, intense, rond et ample en bouche.
Pinot noir
Il est surtout cultivé sur les régions côtières (Carneros, Monterey, Santa Barbara…). Les rendements sont de 5 à 7,5 tonnes à l’hectare en moyenne.
Chardonnay
Un cépage très planté en Californie (il se comporte pourtant mieux dans les régions côtières), et ses rendements sont de 5 tonnes à l’hectare pour une bonne année.
Chenin blanc
Ou French Colombard. Plus de 80% sont concentrés dans la chaude vallée centrale où le raisin est vinifié en vin de table bon marché.
Sauvignon
Le Sauvignon blanc, connu aussi sous le nom de fumé blanc, est réputé fut introduit en Californie il y a plus de cent ans dans les sols graveleux autour de la Baie de San Francisco.
Les appellations
Il ne faut pas comparer les appellations californiennes à celles de la France, de l’Allemagne ou de l’Italie, beaucoup plus rigoureuses.
1/. “Californie”, où 100% du raisin dans un vin doit provenir de l’État de Californie. Les vins portant cette appellation sont souvent issus d’un mélange provenant de différentes régions de l’État et peuvent avoir également un millésime.
2/. Une subdivision politique, le comté. Par exemple, le comté de Mendocino. Un minimum de 75% du raisin doit provenir du comté. On cultive du raisin dans 47 des 58 comtés de la Californie.
Les appellations multi-comtés sont permises si les pourcentages de raisins récoltés dans chaque comté sont indiqués sur l’étiquette.
3/. L’AVA (American Viticultural Area), une subdivision géographique : un minimum de 75% du raisin doit provenir de cette zone.
4/. Le nom de vignobles individuels où 95% du raisin de tels vins doit provenir de ce vignoble.
Une autre manière de diviser les régions vinicoles de Californie est d’utiliser les moyennes de température. La Californie possède un système de classification des régions viticoles selon la quantité de chaleur à laquelle les vignes sont exposées au cours de la saison de croissance. Ce système a pour unité des “degrés jours”, la température de 10° C étant le niveau de base. La température moyenne au-dessus de 10° C chaque jour de la période de croissance des vignes est multipliée par le nombre de jours de cette période, ce qui donne un total de “degrés jours”.
Dans ce système de degrés jours, la Californie est divisée en plusieurs régions climatiques. La région 1 est la plus fraîche (moins de 2 500 degrés jours), la Région 2 est plus chaude (250 1 à 3 000 degrés jours), la Région 3 (de 3 001 à 3 500 degrés jours), et la Région 4 (350 1 à 4 000 degrés jours et plus).
Les vins
Après la mode des désastreux wine coolers (un mélange de vin, de jus de fruit et d’eau gazeuse), le pays tente de résorber l’excédent de sa production de raisin de la Vallée centrale en lançant une politique vinicole de grande envergure, autrement dit, à “l’américaine”.
Hélas, la plupart des vins courants californiens sont vendus sous une simple appellation de marque ou sous un nom générique, sans se gêner. Faute d’une réelle politique d’encépagement, les vins de qualité sont tous pratiquement issus des mêmes cépages internationaux, et (un hasard, sûrement), typiquement français. Vous imaginez un vin de Bourgogne, un autre de Provence, un autre du Jura, de la Loire ou du Sud-Ouest, tous provenant du même cépage ?
En réalité, le problème des “nouveaux” pays du vin est toujours le même : faute de références historiques et gastronomiques, on fait du vin qui marche, avec les cépages qui sont bon, ailleurs, et spécialement en France.
Les régions
* North Coast
- Le Napa County s’étend le long de la vallée de Napa, de Carneros, sur la baie, jusqu’aux chaudes sources thermales de calistoga, dans le Nord. Il comprend de petits zones des Vallées de Chilse et de la Pope à l’est, d’Howell Mountain au nord, et de certains contreforts escarpés des Mayacamas Monutains, à l’est. De bons vignobles, dont les deux tiers sont plantés de variétés françaises classiques ainsi que d’une bonne quantité de JohannisbergRiesling et de Zinfandel.
Carneros (“moutons”, en espagnol), classé région I, est rafraîchi par les brises et brouillards de la baie. Au premier abord, le paysage, avec ses petites collines herbeuses et ondulantes, fait plutôt penser à une région de pâturages (ce qu’elle était). Les cépages sont le Pinot, le Chardonnay et le Sauvignon, rien de moins excentrique.
Au nord de la petite ville de Napa, le fond plat de la vallée disparaît sous les vignes, tandis que de chaque côté les versants montent graduellement vers les arbres et les rocs des montagnes. D’Oakville à Saint Helena, le climat se réchauffe progressivement jusqu’à devenir une région II. On trouve ici une bande d’alluvions, le Rutherford Bench, d’où, selon les commentateurs de la région, la plupart des meilleurs rouges de Cabernet-Sauvignon de Californie tirent leur origine.
Le haut de la vallée, autour de Calistoga, est une région III, chaude, mais sujette aux gelées de printemps. Bien qu’on y produise du bon Zinfandel, les meilleures exploitations utilisent surtout les raisins plus frais du sud de Napa, ou sont installées, dans la fraîcheur des montagnes.
- Le Sonoma County, plus diffus, couvre neuf AVA différentes.
Mordant également sur le territoire de Carneros au sud, lui aussi possède quelques vignobles cachés dans la montagne. La plupart des meilleures exploitations de Sonoma, relativement nouvelles, tentent encore de se bâtir une réputation. Jusqu’aux années 70, le vin de Sonoma était généralement vendu pour servir aux coupages, mais au cours des vingt dernières années le vignoble y a triplé et les plantations de Cabernet-Sauvignon, de Pinot noir, de Sauvignon et de Chardonnay s’y sont multipliées par quinze. On ne plaisante pas ici.
La vallée de Sonoma traverse un panachage de terres agricoles, de banlieues et de vignobles jusqu’à Santa Rosa. De là, au nord de Cloverdale, s’étend le groupe le plus concentré d’AVA de la Sonoma. Green Valley, à l’ouest, est une des régions les plus fraîches de Californie. Chalk Hill, à l’est, possède de nombreuses exploitations importantes.
Les trois principales AVA de Sonoma sont Russian River, Dry Creedk et Alexander Valley. Russian River était à l’origine connue pour son vin en vrac et son mousseux , et l’on commence à y trouver des blancs intéressants, notamment de Sauvignon.
Tout au nord, la plus grande partie de la région de Mendocino, étonnamment tempérée, est classée région III; la chaîne côtière y est continue. Les meilleurs vins proviennent du Zinfandel, voire des mousseux.
*Central Coast
La région est comprise entre la baie de San Francisco et San Luis Obispo.
L’Alameda County comprend la Livermore Valley, qui avec Napa Valley, fut l’aire d’origine des vins de qualité de la Californie.
Le Santa Cruz County ne peu de vignobles, mais certaines des meilleurs exploitations vinicoles de Californie sont perchées dans la montagne, entre San Jose et la mer.
Le Santa Clara County et le Monterey County, sont des régions intéressantes, la dernière ayant ses meilleurs vignobles dans l’AVA Arroyo Seco.
Le San Luis Obispo County a également évolué d’une manière phénoménale, en superficie, passant de quelques petites centaines d’hectares à environ 2 500 hectares de vignobles, en moins de vingt ans. Ici aussi la brise rafraîchissante est de première importance, particulièrement dans l’AVA Edna Valley où le Chardonnay mûrit très lentement jusqu’à l’automne.
L’AVA Paso Robles, plus chaude, est cependant rafraîchie par l’altitude; cela donne au Zinfandel et au Cabernet une réelle intensité.
Le Santa Barbara County, plus au sud, comprend l’AVA Santa Maria Valley, trop froide, et l’AVA Santa Ynez Valley, un peu plus chaude. Firestone et Sanford produisent de bons vins blancs de Sauvignon et de Chardonnay.
*Central Valley
C’est la région des entreprises titanesques.
*Sierra Foothills
C’est la région même de la célèbre ruée vers l’or, au nord-est de San Francisco. Elle est centrée sur le comté d’Amador. Le meilleur vin est le Zinfandel.
*Southern Coast
Deux sous-régions, San Bernardino et Riverside, où j’ai rarement dégusté des vins qui méritent de rester en mémoire.

Du vin le plus gras à celui qui sera le plus sec, du plus coloré à celui qui aura la teinte la plus nuancée, du plus fruité au plus floral, du plus corsé au plus léger, selon ses cépages et sa vinification, dans toutes les appellations de la région Provence (et de Corse), les vins rosés font toujours partie (pour les meilleurs, bien sûr) des vins les plus séduisants qui soient. Le Classement permet de frapper à la bonne porte pour avoir accès aux grands vins. Parfaits sur une bouillabaisse comme sur des gougères, sur des rougets ou sur des saucisses, une ratatouille ou des paupiettes de veau.
Nos coups de cœur, les bonnes adresses :
http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=PROVENCE
Les Classements :
Vins rouges : http://www.guidedesvins.com/provence.php

Je vous l’avais promis, la voici, la voilà comme dirait Guillaume Durand : une rarissime dégustation des crus de la famille Moueix, millésime 2004, organisé par les Ets Jean-Pierre Moueix, avec Edouard Moueix (le fils de Christian Moueix) et mon ami Jean-Claude Berrouet, l’homme qui « signe » quelques-uns des plus grands crus de Bordeaux, et donc du monde. Douze vins, du plus mythique (Petrus, de Jean-François Moueix) aux plus exceptionnels (Magdelaine, Trotanoy, Certan-Marzelle…). A lire aussi dans MILLESIMES 2007 qui paraît mi-Avril.
Voir aussi : http://blog.guidedesvins.com/
Château LA SERRE
Saint-Émilion Grand Cru Classé. Superficie : 7 hectares (80% Merlot, 20% Cabernet, sols argilo-calcaires). Ce 2004 est tout en bouche, au nez où dominent la groseille et l’humus, associant puissance et finesse, charnu, un vin très harmonieux et très équilibré, de bonne garde.
Château MAGDELAINE
Saint-Émilion 1er Grand Cru Classé. Superficie : 11 hectares (90% Merlot, 10% Cabernet franc, 2/3 sont situés sur le plateau calcaire à astéries, et 1/3 sur les molasse. C’est un site viticole très ancien (environ 2000 ans), exposé au sud, sur la commune de Saint-Émilion. Le 2004 est formidable, d’une finesse hors du commun. Très grand vin, de robe brillante, très complet, avec une belle matière présente et savoureuse, aux senteurs de petits fruits noirs (cassis), de cuir et de violette, de belle garde.
Château BÉLAIR
Saint-Émilion 1er Grand Cru Classé. Superficie : 12,5 hectares (80% Merlot, 20% Cabernet franc ; 40% en côtes argilo-calcaires, 60% en plateau calcaire à astéries). Le traitement du vignoble en Ecodynamie est très respectueux des équilibres naturels puisqu’aucun produit toxique n’est ulilisé, ce qui permet le respect des levures et des bactéries indigènes et rend donc possible leur utilisation en fermentation. Pascal Delbeck a cédé des parts minoritaires de la Société d’exploitation de ce cru aux Ets. Jean-Pierre Moueix, qui assurent la commercialisation exclusive. Toujours caractérisé par une grande élégance, le 2004 est très représentatif du millésime, de robe grenat, un grand vin équilibré et ample, charmeur, avec des nuances de cuir, d’évolution lente.
Château LAFLEUR-GAZIN
Pomerol. Superficie : 8,5 hectares (80% Merlot, 20% Cabernet franc ; Limons, graves et argiles). Environ 40 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 30 ans, évolue sur différents types de sol et compte un pourcentage assez élevé de Cabernet franc. La conduite viti-vinicole est menée de manière traditionnelle et avec le même souci du détail que pour les autres crus gérés par la famille Moueix. Le vin est riche, avec des arômes de fruits cuits, ample, d’une belle robe sombre, d’un très bel équilibre en bouche, un beau vin où la puissance prédomine.
Château LA GRAVE A POMEROL
Pomerol. Superficie : 8,7 hectares Superficie (85% Merlot, 15% Cabernet franc, graves, avec présence d’argiles fines). Environ 36 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 30 ans, s’étend sur le versant ouest de l’appellation et marque, comme son nom l’indique, le début de la célèbre ceinture graveleuse caractérisant les grands vins de Pomerol. Ce 2004 est très classique, tout en charme, avec ses notes fumées et réglissées, des tanins mûrs et suaves, et une finale longue et savoureuse.
Château CERTAN MARZELLE
Pomerol. Superficie : 3,25 hectares (100% Merlot, graves sur argile). Environ 12 000 bouteilles. Le vignoble, d’une moyenne d’âge de 25 ans, s’étend sur un magnifique sol de graves reposant sur de l’argile. La culture ainsi que la vinification s’opèrent de façon traditionnelle. Le jeune vin est élevé en barriques de chêne renouvelées chaque année à hauteur de 50%. Le 2004 est exceptionnel de finesse, un vin vraiment très séduisant, très parfumé, très rond, ample au nez comme en bouche, d’une grande harmonie.
Château LATOUR A POMEROL
Pomerol. Superficie : 7,9 hectares (90% Merlot, 10% Cabernet franc, 2/3 sols graveleux et argileux, 1/3 limons argileux). Environ 36 000 bouteilles. Le vignoble de cette propriété donné en 1962 en fermage aux Ets Jean-Pierre Moueix se caractérise par la diversité de ses sols : graveleux avec la présence d’argiles sur une parcelle appelée les Grandes Vignes à proximité de l’église et limoneux autour du château. Ce terroir varié confère ainsi une complexité et une harmonie au vin que l’on retrouve dans ce millésime, robe rubis intense, des arômes de fruits surmûris, d’épices, de cuir. Charnu, complexe, avec des saveurs intenses, aux tanins puissants et soyeux à la fois.
Château LA FLEUR PETRUS
Pomerol. Superficie : 13,5 hectares (80% Merlot, 20% Cabernet franc, sur des sols graveleux). Environ 4 000 caisses. Contigu au Château Lafleur à l’ouest et Petrus au sud, le Château possède un sol essentiellement graveleux. Le vignoble est complanté de cépages scrupuleusement choisis. Ce millésime est de belle couleur profonde, très parfumé (fruits cuits), de bouche intense, aux tanins qui commencent à peine à se fondre, un très grand vin ample et distingué à la fois, puissant, très racé.
Château HOSANNA
Pomerol. Superficie : 4,5 hectares (70% Merlot, 30% Cabernet franc, mélange d’argile et de graves. Environ 18 000 bouteilles. Grâce à ce terroir mêlant graves et argiles, le vin produit est corsé et généreux, alliant finesse et équilibre. Le pourcentage conséquent en vieux Cabernet lui confère une grande complexité. Cela se retrouve dans ce 2004, un très grand vin, gras, d’un velouté exceptionnel, un millésime de haut niveau, de grande évolution.
Château TROTANOY
Pomerol. Superficie : 7,2 hectares (90% Merlot, 10% Cabernet franc). Graves argileuses et argiles noires). Environ 30 000 bouteilles. La mixité des sols (pour moitié des graves reposant sur de l’argile et pour moitié des argiles noires profondes) confère au vin à la fois de la puissance et de la profondeur ainsi qu’une grande finesse. Le 2004 ne déroge pas à son style : il est superbe, parfumé (fruits frais, sous-bois, épices…). Couleur pourpre, nez confit, tanins harmonieux, grande évolution, grande race.
Château LAFLEUR
Pomerol. Superficie : 4,5 hectares d’un seul tenant (50% Merlot, 50% Cabernet franc, sols argilo-graveleux, sableux). Une étude pédologique approfondie réalisée en 1998, a permis d’appréhender la diversité des sols de Lafleur. On retrouve une croupe graveleuse avec un sol brun graveleux, un sol brun sablo graveleux sur graves argileuses et sur sables argileux et enfin au centre une échancrure avec des sols plus profonds et la présence de pseudogley. Le vin est gras, corsé, racé et savoureux, équilibré, très harmonieux, riche en couleur, de très belle évolution.
PETRUS
Pomerol. Superficie : 11,4 hectares (95% Merlot, 5% Cabernet franc, argiles noires gonflantes). Environ 30 000 bouteilles. Un terroir unique (butte à 40 m d’altitude sur le fameux plateau de Pomerol aux argiles profondes sur un lit de crasse de fer) sur lequel le cépage merlot s’épanouit de manière exceptionnelle, lié à une approche viti-vinicole traditionnelle et respectueuse des aléas naturels. Fidèle à lui-même, Petrus dévoile dans ce 2004 toute sa subtilité, sa complexité, alliant une grande distinction à une matière pleine, un millésime extrêmement charmeur, onctueux, puissant, corsé et souple à la fois, d’une structure de “cathédrale”, très élégant, très riche en arômes avec cette note de truffe fraîche qui le caractérise. L’archétype du vin rare, qui se dévoile dans le temps. Toujours du très grand art.

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=18148
Sensualité, amitié, saveurs, patrimoine, émotion, partage, mémoire, art de vivre, coutumes, labeur, authenticité, plaisir des sens, convivialité, histoire… les mots et les valeurs sont nombreux pour exprimer ce monde du vin que nous aimons.
De tout temps, les symboles ont été forts, du plus mystique (le Sang de la terre et du Ciel) au plus poétique (Boire du vin, c’est boire du génie), en passant par les valeurs intellectuelles (L’invisible esprit du vin), ou celles plus alimentaires (Bonne cuisine et bons vins, c’est le paradis sur terre). Le vin, celui que nous défendons, ce n’est pas une boisson rouge, blanche ou rosée. Et c’est la raison pour laquelle il faut savoir de quel vin on parle.
Un vrai vin, c’est un vin de terroir
La priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée ou simplement en laissant faire la nature, qui n’a besoin de personne… Il y a une dizaine d’années le travail des vignes avait été délaissé, et surtout dans certains grands crus bordelais, au profit de la vinification. Si toutes les techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires traditionnels continuent de faire ce qu’ils savaient faire. Il est indéniable que ces dernières années, on a appris à mieux maîtriser les vinifications et, surtout, à ne plus faire de mauvais vins… on arrive à les arranger.
Mais attention : cela ne veut pas dire que l’on fera des vins typés car la typicité vient du terroir. Cette notion de terroir est indéniable, et cette typicité intervient aussi avec des vins plus modestes, quand on goûte un Menetou-salon “à l’aveugle”, un Saumur, on retrouve le goût du Sauvignon ou du Cabernet franc et celui du terroir adapté. C’est encore plus flagrant et exacerbé quand on déguste des grands crus, très marqués par leur sols et sous-sols, comme dans la Loire, en Bourgogne, à Bordeaux (gare aux “cuvées de garage”, voir plus loin), en Champagne (où l’art des assemblages fait la différence), dans la Vallée du Rhône ou en Alsace.
Les vins standardisés
- D’abord, ce que l’on nomme les vins de cépages. Il est impératif de ne pas mélanger les vins issus d’un monocépage, qui sont, par la force des choses, les premiers concernés et attaqués, et ces “nouveaux” vins de cépages.
Entrons dans le détail. En France, plusieurs régions et appellations (Pomerol avec le Merlot par exemple), produisent de grands vins de monocépage. Pour les régions, prenons le cas de la Bourgogne et de l’Alsace, cette dernière asssociant en plus le cépage à l’appellation. Un riesling, on s’en doute, provient du Riesling et pas d’un assemblage de Riesling et de Tokay. En Bourgogne, le Pommard, le Vosne-romanée, le Corton ou un Volnay sont tous issus du Pinot noir et ne se ressemblent pourtant pas du tout.
Prenez alors ce que l’on nomme un vin de cépage : un Chardonnay d’Auvergne, un Sauvignon américain, un Cabernet-Sauvignon australien, etc. La différence est incontestable. Un vin de cépage est donc un produit marketing qui vise à séduire une clientèle en l’attirant avec la mention d’un cépage prestigieux. Le consommateur lambda, celui qui passe d’un soda à la bière, ne peut être que flatté et rassuré de lire le mot Chardonnay sur une étiquette. Tous ces “ersats” qui portent le même nom de cépage se ressemblent : ils sont standardisés et aucune différence ne sépare un vin produit en France d’un autre produit au Chili ou en Nouvelle-Zélande. On voit bien qu’ils sont plantés dans des pays “neufs” en matière de vins ou dans des régions où l’on peut se procurer des terrains à bas prix. Ils sont standardisés par leur cépage (et encore, il faudrait distinguer les porte-greffe) et par leur vinification, voire un matraquage en barriques neuves. Ce sont des vins de boissons, rien de plus.
Les vrais vins typés
A contrario, un vin digne de ce nom, et lui également monocépage, n’a rien à voir et ne concourt pas du tout dans la même catégorie. Première précision : le prix n’est pas à prendre en compte. Il y a des vins standardisés qui valent plus cher qu’un Chinon (monocépage Cabernet franc ou qu’un Sancerre, monocépage Sauvignon), et même, et c’est un comble, encore plus cher que d’autres appellations plus réputées.
Ce qui m’agace, c’est que les “marchands” osent dire qu’un simple vin blanc issu du Sauvignon ou du Chardonnay peut être comparé avec nos vins d’appellations où le terroir entre en scène d’une façon indubitable. Est-ce de l’ignorance ou de la mauvaise foi ? Qui peut oser dire qu’un Pouillly-fumé provenant d’un sol de calcaires portlandiens, qu’un Chablis marqué par un sous-sol kimméridgien, qu’un Gewuztraminer racé par ses sols de marnes de l’oligocène (comme à Éguishein, par exemple) a le même goût qu’une bibine du même cépage planté dans des terres à maïs ou dans des pâturages ? On sait déjà que deux grands vins typés monocépage plantés à quelques dizaines de mètres ne se ressemblent pas (un Gevrey-chambertin Saint-Jacques et un Gevrey-chambertin Les Cazetiers par exemple)… Imaginez l’abîme qui peut séparer les autres.
Mélanger cela, c’est mélanger en effet “les torchons et les serviettes”, c’est faire fi de toute l’histoire géologique, de l’héritage des générations passées, bref, de la civilisation. Pour faire simple, c’est aussi navrant que de comparer Rembrandt à un “peintre” qui barbouille trois lignes de couleur sur une toile (il y a pire dans ce domaine), le génie d’un Mozart à un “chanteur” qui se dandine dans une émission de variétés, une épée de Tolède à un couteau de cuisine ou un meuble Boulle à du contreplaqué…
Bien entendu, si j’ai tenté d’expliquer le monde qui sépare les grands vins monocépages de France et les petits vins de cépages, il faut tout aussi faire entrer dans les vrais vins typés que nous aimons, tous les autres crus de nos régions qui sont issus de plusieurs cépages. S’ils sont moins copiés, c’est parce que c’est plus simple de “vendre” un seul nom de cépage que de mettre sur une étiquette “Merlot, Cabernet-Sauvignon, Malbec” ou “Mourvèdre, Grenache, Syrah” ou “Bourboulenc, Maccébéo, Marsanne”. La complémentarité des raisins s’exprime au mieux dans les grands vins du Bordeaux (Médoc, Graves, Saint-Émilion, Côtes…) à Châteauneuf-du-Pape, à Bandol, dans le Sud-Ouest ou en Languedoc.
On en vient à l’extrême prudence qu’il faut avoir sur ces vins de cépages (à quoi bon planter du Gewurztraminer en Languedoc ? ) comme sur les vins qui, faute de terroir, ne peuvent s’exprimer qu’au travers d’éléments extérieurs, en l’occurrence des vinifications trop techniques qui les dépersonnalisent, ou l’usage abusif de la barrique neuve.
Autre question : est-ce qu’un vin doit avoir le goût de fumé, de bois blond (sic), de tabac, de torréfaction, de goudron ou de bonbon anglais ? La réponse est non quand il s’agit d’artifices et d’arômes pas naturels. On ne retrouve ce genre de complexité que dans des vins parvenus à maturité (10, 20 ou 30 ans selon la force intrinsèque de chaque millésime) où la subtilité aromatique peut alors tendre vers ce type d’arômes secondaires et tertiaires. Sentir un vin jeune qui n’exhale que ce type d’arômes ou de saveurs prouve que le vin est bien souvent issu d’élevage “à la mode”. Pour exemple, le goût de brûlé est dû au goût habituellement donné par des barriques neuves qui ont été chauffées intentionnellement pour apporter ce style de parfums. Idem pour le goût de vanille, aussi naturel que le goût de banane que l’on avait retrouvé une année dans les Beaujolais.
La cuvée spéciale
La cuvée spéciale ou de prestige d’un producteur est en fait une sélection par rapport à sa cuvée traditionnelle (ou son second vin). Cest un plus, si l’on reste dans des limites de production raisonnable et si le premier vin correspond à une sélection sereine. Si un “Premier Grand Vin classé” de Bordeaux était issu seulement des 5 ha sur les 50 de son vignoble, il pourrait être considéré comme un “vin de garage”, sa marque et sa renommée ne correspondant plus à la majorité de son vignoble, pour laquellel il doit être jugé. Il faut se méfier des ‘troisièmes” vins (voire des “quatrièmes”), qui ne servent bien souvent qu’à gonfler le “premier” vin, le plus connu et donc le plus cher.
Le vin de concours
Des critiques dégustent un vin en recherchant uniquement des sensations primaires et immédiates, oubliant qu’il faut le laisser s’exprimer avec tel ou tel mets. Un grand vin a besoin d’évoluer, de s’épanouir, de s’exprimer aussi dans le temps. S’extasier sur un Grand Cru Classé de Saint-Estèphe ou de Saint-Émilion, millésime 2006, alors que le vin ne sera à sa maturité que dans plusieurs années, c’est être ridicule, comme l’est le fait de goûter le dernier millésime quatre mois après sa récolte. On peut le faire pour un beaujolais, pas pour un pauillac, le premier étant vinifié pour être bu rapidement et gouleyant, le second n’ayant même pas encore commencé son élevage…
Ne croyez-vous pas qu’il y a de quoi rire quand un “confrère” se permet de noter un margaux ou un pomerol sans savoir ce qu’il donnera ? Ce n’est que de l’esbroufe. On se trouve face à des vins dont l’unique but est de rafler des étoiles et des notes de “95 sur 100” (et plus, hélas) donnés par un “critique”américain, par exemple.
Idem pour le vin de garage. C’est une nouvelle fois dans la région bordelaise, et surtout dans le Libournais que l’on trouve ces “erzats”. Je vous renvoie à l’article sur la région de Saint-Émilion pour mieux comprendre l’absurdité de ces vins totalement fabriqués, où l’on fait fi de la nature. Certains producteurs (le mot convient-il ?) rêveraient de mettre leur vignes sous serre…
Pour faire un bon vin, c’est simple : il faut un terroir convenable, pas obligatoirement un superbe terroir évidement, tout le monde ne peut pas en avoir, des cépages très appropriés et non pas uniquement des cépages à la mode, parce qu’ils poussent plus facilement et sont plus faciles à gérer. On a toujours dit que le troisième millénaire serait religieux, ce sera surtout le siècle du terroir, on pourrait alors dire que le prochain millénaire sera celui des vins de “terroir contrôlé”. Un retour au respect de la nature, un partage avec sa famille, ses amis. Les époques sont difficiles et on a besoin de se faire plaisir ; un jour, on part en voyage, un autre, on ouvre une bouteille sympathique. L’important, c’est de déboucher un Chinon et de s’apercevoir qu’il ne ressemble pas à un Côtes-de-Bourg (et vice-versa), un Pomerol sans le confondre avec un Pauillac, un Meursault qui décline les nuances de ses terroirs (Charmes…), un Brouilly qui ne ressemble pas à un Chénas, ou un Châteauneuf-du-pape à un Bandol. Le plaisir du vin ne se résume pas à le boire. Il faut en parler et en rêver. Le vin n’est pas une boisson comme une autre. Un vin “colle” à son propriétaire. Le monde du vin n’est donc pas le même partout. D’un côté les marchands, de l’autre les passionnés.
