Le point sur les vignobles français

ALSACE

On ne peut qu’apprécier ici l’extraordinaire convivialité des hommes de la région et leurs vins atteignent une typicité rare, procurant la joie du vin, à des prix sages (sauf pour certaines Sélections de Grains Nobles où les prix peuvent surprendre). Attention à la complexité des terroirs, voire à l’amalgame entre des crus et des lieux-dits. Il faut rechercher la fraîcheur et la vivacité, au détriment de vins parfois trop souples. Les millésimes 2005, 2004, 2002 et 2001 sont savoureux, le 2003 a été plus délicat à vinifier (en Vendanges Tardives, misez sur les 2004, 2001, 2000, 97 ou 89).

BEAUJOLAIS

La force du terroir donne une réelle typicité à chaque cru, et les meilleurs vignerons s’évertuent à sortir de beaux vins, chacun représentatif du style de son appellation. Pour s’en apercevoir, il suffit d’objectivité, d’un minimum de connaissance du terrain, de modestie et de partager l’amour du vin comme le font les producteurs du Guide. Le 2005 est très réussi, très typé, le 2004 est un millésime dense, typé et très aromatique. En Jura et Savoie, de nombreux coups de cœur également, avec une vaste gamme, qui va de la plus grande fraîcheur à la plus grande complexité.

BORDEAUX

En dehors de la « crise » (voit Introduction Bordeaux), attention aux prix des grands crus 2005 sortis en « primeurs ».

– Dans le Médoc comme ailleurs, la priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir (quand on a la chance d’en avoir un digne de ce nom), en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faite la nature… Il y a une dizaine d’années, le travail des vignes avait souvent été délaissé dans certains grands crus, au profit de la vinification et d’expériences à outrance. Si les techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires traditionnels continuent de faire ce qu’ils savent faire, en se servant des progrès mais sans masquer leur typicité. De Pauillac à Saint-Estèphe, de Moulis à Margaux, à Listrac comme à Saint-Julien, en Haut-Médoc et en Médoc, les coups de cœur sont nombreux. En parallèle, les prix très exagérés de certains vins renommés sont difficilement explicables, et de plus en plus difficilement cautionnables. Misez sur les 2004 et 2002, encore trop jeunes à boire, et faites-vous plaisir avec les 98, 97, 96 ou 90.

– Structure, charme, intensité, distinction, les plus grands vins de Pomerol sont particulièrement sensibles et marqués par leurs sols, très diversifiés. Ici, nul besoin de s’escrimer à vouloir abuser de la barrique neuve ou d’une surconcentration pour faire un grand vin, c’est le terroir qui prime, et signe la distinction. Les 2003 et 2002 sont très savoureux (le 2002 peut-être même supérieur), le 2001 remarquable, plus fin.

– À Saint-Émilion, si certains se flattent ici d’élever des cuvées très « spéciales » (on n’est souvent pas loin du risible), il faut plus que jamais tirer un coup de chapeau aux propriétaires de talent qui élèvent les véritables grands vins de Saint-Émilion, satellites compris, du plus grand des grands crus au plus modeste rapport qualité-prix. On partage avec les propriétaires retenus dans le Guide le plaisir du vin, la modestie face à la la force de la Nature, et cette convivialité propre à la région. Beau millésime 2001, éclipsé à tort par le 2000, peut-être même supérieur. Quelques crus ont remarquablement réussi le 2003, d’autres beaucoup moins, notamment ceux qui sont trop « confiturés ». Un certain nombre de crus pratiquent des prix qui ne sont pas justifiés. Comme dans l’ensemble du bordelais, débouchez les millésimes 2000 à 90 en ce moment (voir la Vintage Code, page 29).

– Du plus grand vin au plus abordable, on savoure, du nord au sud de cette « entité » des Graves, une variété importante de styles de vins. Des crus réellement (et historiquement) exceptionnels, issus des territoires de Pessac, Martillac, Léognan, mais aussi ceux de Podensac, Portets ou Saint-Morillon, certains d’entre eux, dans les appellations Pessac-Léognan comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un remarquable rapport qualité-prix-plaisir. C’est le berceau des grands vins blancs de la région bordelaise, aux côtés de rouges puissants et typés. Mes dégustations en Pessac-Léognan comme en Graves, des millésimes 2004 à 2001, confirment mon Classement des valeurs sûres, celles où le talent des hommes s’associe à la race du terroir. Gare à certains prix néanmoins, comme à une concentration outrancière chez certains, au détriment de la typicité (c’est vrai aussi pour quelques blancs, trop « vanillés » par la barrique). Les blancs 2001, 98 ou 97 sont excellents.

– Il y a de tout dans ces appellations de Côtes, de grands vins racés et typés comme nous les aimons et d’autres cuvées qui font la part belle à des vinifications trop sophistiquées, peu propices à mettre un véritable terroir en avant. Il s’agit donc de savoir miser sur les hommes et les femmes qui le méritent, assumant la grande tradition bordelaise depuis des années. Misez sur les millésimes 2004 à 2000.

– Mon soutien à l’appellation des Bordeaux Supérieur ne date pas d’hier (confer mon Guide des Vins de Bordeaux, chez Albin Michel). Mes dégustations des millésimes 2004 à 2000 confirment l’exceptionnel plaisir que procurent aujourd’hui ces vins, même si, comme ailleurs, la différence des terroirs et l’élevage sont toujours prépondérants. Attention également aux cuvées trop boisées ou trop concentrées (et bien trop chères), qui n’ont aucun intérêt. Les meilleurs vins tiennt aussi la distance avec des millésimes 98 ou 96 excellents actuellement.

– A Sauternes, l’équilibre géologique et climatique de la région en fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le Botrytis cinerea, ce minuscule champignon qui a le pouvoir d’augmenter la teneur en sucre des raisins, aidé par les brumes matinales des automnes qui précèdent un soleil chaud à midi, favorisant sa prolifération. Terroir oblige, les crus développent leur propre spécificité, certains très liquoreux, d’autres tout en finesse, et les prix sont largement justifiés quand on connaît les efforts et la patience des propriétaires. Les derniers millésimes, en-dehors du 2002, comme les 2001, 99 ou 98 sont de toute beauté. Le 2003 est réussi, très certainement un peu moins typé (plus de passerillage), et le 2004 particulièrement savoureux et classique. Les plus grandes bouteilles à leur apogée sont aujourd’hui celles des millésimes 96, 95 ou 89, où l’on atteint le grand art.

BOURGOGNE

Ici, on ne s’excite pas à faire des vins « putassiers », privilégiant ce qui doit l’être : le terroir et le fruit. L’altitude des vignes, l’inclinaison des pentes, la richesse des sous-sols en ressources minérales… Tout concourt ici, à faire la différence entre un bon vin et un vin sublime, et cela explique l’extrême diversité des grands vins bourguignons, qui leur donne cette typicité unique, où l’élégance prédomine toujours, en rouge comme en blanc. Élever un grand vin, en effet, c’est être aussi capable de le partager avec passion et humilité (il y a des exceptions), et cela ne s’apprend pas. Voici donc ces vignerons talentueux et passionnés que je soutiens, ceux pour lesquels il n’y a nul besoin de fioritures ni de vinifications « gonflées », et dont les prix sont bien souvent largement justifiés, d’autant plus que les millésimes 2004, 2003 (un peu trop « confit », parfois), 2002, 2001, 2000 et 99 sont très savoureux. Exceptionnel 2004, en blanc comme en rouge, qui côtoie donc un 2003 atypique. Le 2005 suit le 2004, dans les 2 couleurs, et devrait tenir ses promesses. Superbes bouteilles en blancs dans les millésimes 2000, 99, 95 ou 89, alors que les meilleurs rougés développent leur attrait actuellement dans les millésimes 99, 97, 89 ou 85.

CHAMPAGNE

Mon Classement est encore remanié cette année, avec des producteurs qui montent en grade ou beaucoup d’autres qui y font leur entrée… Cette hiérarchie vient toujours, et avant tout, récompenser les efforts accomplis, le talent des hommes et leur volonté qualitative, qu’ils élèvent des cuvées depuis des générations ou simplement depuis 10 ans. Un bon Champagne c’est charmeur, un grand Champagne, c’est toujours un plaisir exceptionnel, que l’on n’a d’ailleurs jamais pu copier ailleurs. Les hommes et les femmes, les assemblages et les terroirs font, là comme partout, toujours la différence. Certains « vieux » millésimes (96, 95, 90) sont remarquables de fraîcheur et prouvent le potentiel d’évolution des meilleures cuvées.

LANGUEDOC

Les hommes et les femmes s’attachent ici à élever des vins très typés par ces terroirs de garrigues, maîtrisant les rendements, respectant leur spécificité. Les terroirs ont suffisamment de potentiel et de typicité dans toute la région pour que l’on y élève tout naturellement de grands vins racés, sans vouloir copier telle ou telle appellation plus connue. Pour certains, l’exagération des prix (inadmissibles) et certaines « renommées » bien trop récentes commencent à se dégonfler comme des baudruches. Les millésimes 2004 et 2003 sont réussis, les 2002 et 96 savoureux.

PROVENCE

Il faut savoir choisir la bonne adresse ici, se méfier des vins et des prix de « touristes », et de la grande cavalerie des rouges et rosés de bas de gamme que l’on débouche parfois. Ceux qui comptent sont ceux de ces propriétaires qui laissent s’exprimer au mieux les grands cépages de la région (Grenache, Mourvèdre, Cinsault, Rolle, Ugni blanc…), dans ces terroirs complexes, argilo-calcaires, caillouteux, graveleux ou sableux. Eux élèvent des vins formidables dans toutes les appellations, en rouge, en blanc et en rosé. Idem pour la Corse, où les vins sont de plus en plus réussis. L’influence des millésimes est beaucoup moins marqué ici, et l’on peut estimer une très bonne série 2004, 2003, 2002 et 2001. Les blancs sont souvent remarquables, et les rosés, tout en finesse, reviennent à la tête de ce type de vin (2005 superbe).

SUD-OUEST

S’il s’agit de faire attention aux « microcuvées » qui apparaissent, pas typées et à des prix incautionnables (Cahors, Monbazillac…), les meilleurs vignerons s’attachent ici à élever des vins racés comme nous les aimons. Les vins ont une réelle typicité, un potentiel de garde (beaux 99, 95 ou 86) où les cépages et les sols ont leur influence et une véritable présence historique. Les millésimes 2004, 2003 et 2001 sont des réussites. Quelques rapports qualité-prix-plaisir exceptionnels, en rouges, en blancs secs et en liquoreux (millésimes 2000, 95 ou 90).

VAL DE LOIRE

De la Touraine au Pays Nivernais, du Pays Nantais à l’Anjou-Saumur, la typicité s’allie à un rapport qualité-prix régulièrement remarquable et tout concourt au plaisir du vin. Les hommes élèvent des vins à leur image. Pour les blancs secs, de très grandes bouteilles en Pouilly-Fumé comme à Vouvray, à Sancerre comme à Savennières ou à Saumur. Les liquoreux sont exceptionnels, notamment en Coteaux-du-Layon ou Vouvray, et les rouges associent charpente et fraîcheur, du plus souple (Touraine, Bourgueil, Sancerre…) au plus charnu (Chinon, Saumur-Champigny…), des vins qui s’apprécient jeunes mais savent aussi garder la distance (remarquables 2000, 98 ou 95, notamment). Le millésime 2002 est très réussi en blancs, difficile en rouges, et les 2004, 2003 et 2001 sont savoureux. Beaux liquoreux en 2004, 2003 et 2001, et un millésime 2005 très typé.

VALLÉE DU RHÔNE

De Vienne en Avignon, les vins rouges et les blancs, du plus prestigieux au plus méconnu, sont denses, racés et chaleureux comme nous les aimons, et, pour la plupart, bénéficient d’un très beau rapport qualité-prix-typicité. Viennent alors se rejoindre la convivialité, le terroir, et la main de l’homme, qui font toujours la différence. Le millésime 2003 est parfois très (trop ? ) mûr, le 2002 a été très difficile à maîtriser, et le 2004 très classique, très réussi. Il faut aussi prendre le temps de conserver ces vins, car on débouche de grandes bouteilles actuellement dans des millésimes comme 98, 95, 90 ou 85, voir la Vintage Code, page 29).

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