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Le Guide fête ses 40 ans !
Et, en quarante ans, les manipulations œnologiques, la mode, l’appât du gain… ont bien souvent mis en avant des propriétaires où le snobisme passe bien avant la modestie, cherchant les louanges ou les honneurs, investissant dans les vignes comme d’autres dans des terres à maïs… voulant nous faire croire qu’il suffit d’un beau chai pour faire un grand vin.
Un (vrai) vigneron bourguignon, alsacien, rhodanien, sancerrois, saint-émilionnais ou champenois… sait qu’il faut un terroir qui s’allie au talent. Et un terroir, c’est l’osmose d’un territoire, d’un sous-sol, d’une histoire, de cépages spécifiques, d’une gastronomie régionale, d’un climat…, un grand vin, en soi, cela n’existe pas : il n’y a que les vins racés, et les autres. Et l’homme ou la femme qui les élèvent, “signent” de leur main, une véritable création.
Cette année, encore, nous avons été les seuls à parcourir autant les vignobles, déguster, partager, prendre des photos, tourner des vidéos… bref, aller rencontrer, sur place, les hommes et les femmes de talent qui ne voient pas beaucoup de “chroniqueurs”, dont la plupart se pressent pour se faire inviter dans un cru à la mode bordelais ou à un cocktail parisien d’une marque champenoise… Pas notre genre : nous aimons trop ce monde du vin pour ne pas prendre le temps d’une visite chez les vignerons.
Voici ce qu’il faut retenir, région par région :
C’est toujours un réel plaisir de séjourner en Alsace, car tout ici concorde à une grande convivialité du vin, où chaque vigneron s’emploie à faire ressortir la typicité de son Riesling ici, de son Gewurztraminer là… Ici, la force des terroirs et la main de l’homme sont toujours en osmose. On ne peut d’ailleurs pas confondre un vin d’Alsace avec un autre cru. Et les Crémants sont désormais les meilleurs de France, vifs, floraux, de mousse crémeuse et fine, à des prix particulièrement doux.
La région bordelaise est toujours un grand vivier de vins typés, mais encore faut-il ne pas se faire avoir.
Dans le Médoc, intrinsèquement, un Margaux n’a rien à voir avec un Pauillac (ni même avec un autre Margaux, tant les sols sont différents dans l’appellation), un Saint-Julien doit refléter l’élégance quand c’est la structure qui signe un Saint-Estèphe… Les terroirs signent les vins : graves garonnaises à Saint-Julien, quartz et cailloux roulés à Saint-Estèphe, croupes de graves maigres à Pauillac, graviers et cailloux à Margaux, formation caillouteuse mêlée de sable et d’argile en Médoc… Pourtant, il est parfois bien difficile aujourd’hui de retrouver cela, tant certains crus sont “lissés” par des vinifications sophistiquées.
Pomerol comme à Lalande-de-Pomerol, on trouve les vins les plus chaleureux de la région bordelaise, où les senteurs de truffe se mêlent à la mûre, à la cannelle, à la cerise ou à la réglisse, la chair s’associant à une texture dense, ample, veloutée, le tout donnant des vins que les propriétaires élèvent à leur image, chaleureuse.
Saint-Emilion, on a accès, soit, à de vrais vins racés, du plus grand au plus abordable, marqués par des sols historiques, soit à des vins surcôtés, où les sols ont peu de réelle influence, beaucoup plus “signés” par des vinifications trop sophistiquées qui donnent, soit des vins très concentrés au détriment de la finesse, soit des vins “sans âme, ni vertu”, dépersonnalisés, que l’on peut confondre avec un Pessac ou un Bordeaux Supérieur.
Les “satellites”, c’est-à-dire les appellations Montagne, Puisseguin, Lussac et Saint-Georges, regorgent de vins remarquables, dont la plupart sont au même niveau qualitatif que des Saint-Emilion, mais bien moins chers !
Dans les Graves, il y a d’incontestables vins de très haut niveau, dans une gamme de prix large, mais il y a également des vins décevants, souvent à des prix incautionnables. Il est donc indispensable de s’attacher à la réelle typicité des terroirs et de soutenir les hommes et les femmes qui restent fidèles à cette éthique. En Pessac-Léognan comme en Graves, dans ces sols très spécifiques où l’on peut élever, à la fois, de grands vins rouges et blancs secs, on accède alors à une gamme exceptionnelle et à des prix doux, de 10 à 30 euros.
Des prix encore plus accessibles, on en trouve évidemment dans les appellations de Côtes. Les propriétaires talentueux se démarquent aisément des autres, et c’est ainsi depuis des décennies. Selon les expositions, les sols, la complémentarité des cépages (Merlot souvent prépondérant), on peut en effet passer du très beau au très simple. De Bayon à Saint-Magne-de-Castillon, de Tauriac à Gabarnac, les meilleurs signent de beaux vins de caractère, puissants ou soyeux, vifs ou suaves.
C’est la même chose en Bordeaux et Bordeaux Supérieurs, où nous soutenons depuis longtemps les efforts accomplis par une poignée de vignerons passionnés qui élèvent des vins qui surprennent lors de dégustations “à l’aveugle”, écrasant parfois des crus beaucoup plus chers et renommés. On accède alors à des vins typés par des sols très différents (on ne fait pas les mêmes vins à Mesterrieux, à Frontenac, à Arveyres ou à Génissac), à des prix particulièrement abordables.
En Liquoreux, Sauternes en tête, l’équilibre géologique et climatique en fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le botrytis cinerea. Ces vins rares, du plus liquoreux au plus fin, dont les prix sont largement justifiés quand on connaît les efforts des propriétaires, méritent toujours d’être appréciés tout au long du repas, et pas uniquement à l’apéritif ou sur les desserts (pour avoir des idées d’accords : www.ideevins.com).
La Bourgogne est “la” région où le terroir est omniprésent. Qui ne s’est jamais promené sur la route des crus, comprenant la force des sols de mi-pente, notamment, ne peut pas comprendre ce qu’est un terroir digne de ce nom. Aucun autre vin blanc ne peut rivaliser avec ces Crus (Grands Crus ou Premiers) de Puligny-Montrachet, Meursault, ou Chablis, qui dévoilent une minéralité envoûtante, magique et tiennent 15, 20, 30 ans sans décevoir ! Et, en rouges (superbes dégustations sur place en Gevrey-Chambertin, Fixin, Auxey-Duresses, Vosne-Romanée, Chambolle-Musigny, Pommard), pour lesquels certains dégustateurs incompétents n’ont toujours pas encore compris que la couleur ou la concentration n’ont rien à voir avec un réel potentiel de garde, on ne peut qu’exciter ses papilles avec ces crus racés.
En Beaujolais, cette belle région vallonnée regorge de crus dont la qualité s’associe à des prix très sages. Les sols comptent ici, autant qu’ailleurs, et on le voit bien lors de nos visites en débouchant les flacons de ces vignerons qui associent talent et convivialité, en élevant des vins racés, qui font partie de la cour des grands.
Nous avons fait de nombreux déplacements en Champagne, où le travail accompli par beaucoup de vignerons et “petites” maisons est exceptionnel. On reconquiert les lettres de noblesse de son terroir, car la force des sols est bien réelle ici et vient s’allier à cet art exceptionnel de l’assemblage que chaque vigneron ou maître de chai va marquer de sa “patte”, créant une bouteille unique, que personne n’a réussi à égaler, partout dans le monde.
Les cuvées deviennent plus passionnantes les unes que les autres, à des prix fort sages quand on les compare aux aberrations d’autres vins tranquilles, chaque cépage est désormais mieux mis en avant selon son territoire, et l’on ne peut que s’en réjouir.
En Languedoc, les vins n’ont jamais été aussi bons. De Faugères en Minervois, des Corbières à Saint-Chinian, en passant par les Languedoc ou les Vins de Pays (IGP)… on aime ces producteurs passionnés qui élèvent des vins racés, historiquement marqués par des cépages spécifiques.. le tout donnant de vrais beaux vins typés, qui parviennent à un haut niveau qualitatif, en blancs comme en rouges.
Néanmoins, pas mal de prix de “micro-cuvées” sont aussi inadmissibles et vous ne retrouverez pas ces vins dans notre sélection.
Les meilleurs vins de Provence sont vraiment loin devant les autres, et ils sont ceux de ces propriétaires qui laissent s’exprimer au mieux les grands cépages de la région (Mourvèdre, Cinsault, Rolle, Ugni blanc…). Alors, dans les trois couleurs, on accède à des vins très parfumés, denses, qui se marient parfaitement avec les plats épicés de la région. Comme en Corse, où les coups de cœur sont réels.
Par contre, certains rapports qualité-prix sont tout bonnement inexcusables. Il faut noter le grand charme des blancs de Cassis et de Bandol, les Coteaux Varois, une appellation parvenue à maturité, et les Coteaux d’Aix qui doivent aussi montrer leur potentiel en rouge ou blanc, sans se contenter de faire d’excellents rosés.
En Sud-Ouest, également, lorsque l’on est un vigneron qui sait mettre en avant son terroir et la puissance de ses grands cépages historiques régionaux, on élève alors, de Gaillac à Cahors, de Bergerac à Madiran… on élève alors des vins racés et charmeurs, même si on constate un “amorphisme” certain de la part de nombreux producteurs. Dans cette région, les cépages et les sols ont une véritable influence, une véritable présence historique. De quoi montrer sa propre personnalité quand on en a comme c’est le cas à Cahors ou à Madiran. À quoi bon avoir de beaux cépages de caractère comme le Tannat, le Cot, La Négrette ou le Gros Manseng si c’est pour “lisser” les vins et les dépersonnaliser au point que l’on ne sait plus ce que l’on goûte ?
Dans le Val de Loire, nos dégustations sont toujours formidables : la région est en effet garante d’une typicité hors normes, grâce à ses grands cépages spécifiques (Chenin, Sauvignon, Cabernet franc…) qui s’expriment pleinement dans ces terroirs de silex, de tuffeau, de craie marneuse, de marnes kimméridgiennes…, parfaitement “chouchoutés” par ces vignerons passionnés et passionnants, qui s’attachent à conserver une authenticité rare. De Sancerre à Saumur, de Bourgueil à Pouilly, la palette est grande et belle.
Dans la Vallée du Rhône, de Châteauneuf-du-Pape à Vacqueyras, de Beaumes-de-Venise à Vinsobres, de Côte-Rôtie à Cairanne… c’est la grande régularité qualitative qui prime, avec des vins racés, chaleureux, dont le rapport qualité-prix-plaisir est exceptionnel. En blancs, les vins sont de plus en plus séduisants, quant les rouges déploient une authenticité forte, et c’est tout ce que l’on aime.
Les vins retenus dans le Guide devraient faire revenir sur terre ceux qui font des vins qui ne leur arrivent pas à la cheville, à des prix bien plus élevés. Les rendements trop limités, l’élevage abusif en barriques… ne sont pas forcément les meilleurs choix.
Mais gare aux dérives, car, on nous fabrique aussi (quel autre mot ?) pas mal de vins “sans terroir“ (la mode des rosés en est un bon exemple) : concentration, osmose inverse, levures, enzymes, beaux dossiers de presse, termes de dégustations alambiqués… il y a de quoi faire chez certains producteurs, sans s’étendre sur ce que l’on appelle “le boisé alternatif”, ces morceaux de chêne employés à outrance pour donner un goût à un breuvage.
Le vin, cela doit sentir le raisin, pas le bois !
Mais, pour accéder au plaisir, au “goût du vin” comme l’expliquait si justement le grand Emile Peynaud, vous aurez compris que le hasard n’a rien à voir là-dedans, ni la frime, ni la triche.
Des vignerons formidables, il y en a beaucoup en France, dans toute la gamme, du plus grand des grands vins au plus modeste, du plus cher (le prix n’est évidemment pas un gage de qualité, ne l’oubliez pas) au plus abordable. Et ceux-là, ceux qui élèvent les vins dont on a du mal à se passer, ces vignerons, humbles et talentueux, passionnés et passionnants, vous allez les retrouver dans le Guide !
Merci de votre fidélité.
Patrick DUSSERT-GERBER, Thibault DUSSERT et Mélodie BOILEAU