* Déception en Languedoc : le tri se fait de lui-même

C’est si rare que l’on ne peut qu’en sourire : l’absence des producteurs du Languedoc-Roussillon à notre réunion confirme le « flou » qui règne dans cette région, où, si certains passent leur temps à se plaindre que l’on ne parle pas d’eux, c’est bien mérité.

Résumons : j’invite 90 personnes (ou propriétés) -de mon Guide- à une manifestation (conviviale) régulière que nous organisons partout en France. C’est Françoise Gualco et son fils, Christophe (sur la photo), naturellement chaleureux, qui ont bien voulu nous accueillir dans leur Château Étang des Colombes. Il en vient une trentaine, une vingtaine s’excusent de ne pouvoir être là (c’est naturel d’avoir des obligations, on le comprend volontiers), et une quarantaine ne répondent pas. La moitié ne répondent même pas !!! On leur fait une relance : toujours rien, c’est beau la politesse et cela donne envie de les soutenir…

Je vais vous l’avouer : je souhaite à ceux-là d’avoir particulièrement réussi les vins qu’ils sont en train de m’adresser pour le Guide (ça, ils ne l’oublient pas), j’aurais tendance à ne pas excuser le moindre défaut cette année.

Passons et comprenez-moi bien. Quand j’invite 100 Bourguignons, 98 répondent, alors qu’ils n’ont rien à vendre ! Idem à Saint-Émilion, en Champagne, dans la Loire ou ailleurs… Le vin, c’est cela : partager, boire un « canon », se revoir, se rencontrer… On se moque que quelqu’un réponde ou non à une invitation, ce qui est navrant, c’est que nous nous déplacions dans une région particulièrement sensible comme le Languedoc et que la moitié des producteurs invités, de vrais fantômes, ne fassent pas 10 kms pour nous saluer, nous montrer leurs travail et nous inciter à les soutenir. Ce sont eux les demandeurs, pas nous. À croire que certains craignent les dégustations.

Comment voulez-vous que ces gens-là soient ensuite crédibles ? Peut-on à la fois geindre et ne rien faire ? On connait les rouages, les mascarades et les exubérances de la région, et bien qu’un bon nombre se prennent pour des créateurs de « grands » vins, il faut bien avouer qu’ils ne sont que des accoucheurs de cuvées spéciales, souvent surconcentrées, surbarriquées, à la limite de l’écœurement quand on les goûte, et qui ne représentent absolument pas le vignoble. N ‘est pas Daumas-Gassac qui veut.

L’avantage de ces réactions, c’est que cela écume et confirme que je ne me suis pas trompé en soutenant ceux qui le méritaient. Je viens ici, depuis 30 ans, et je connais les territoires et les hommes. Comme à notre habitude, donc, on va se concentrer sur les producteurs qui élèvent des vins racés et typés, dans l’ensemble du territoire, des Corbières à Saint-Chinian, de Faugères en Minervois, en passant par les Coteaux-du-Languedoc, Fitou ou vins de pays, à des prix remarquables. Des grands vins ici, il y en a, mais les terroirs sont connus et ne s’étendent pas. La force de ces vins est d’avoir su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Pour mémoire, trois cas de figure définissent la région :

– Il y a les vignerons -très jalousés- qui, et depuis longtemps, ont toujours su maîtriser les rendements, vinifier et élever leurs vins, en respectant leur spécificité, sans vouloir copier telle ou telle appellation plus connue. Daumas-Gassac (l’un des fils de mon ami Aimé Guibert était présent, Roman, tout aussi passionné), en est la référence, suivi par des Corbières dont le fer de lance est la famille Gualco, Grand-Caumont, Vieux-Moulin, Martinolle, puis des Minervois (Blomac, Villerambert-Moureau…), et aussi d’autres appellations (Antech, Mas Chichet…). C’est le noyau dur des grands vins du Languedoc, même si certains ont tendance à l’oublier. La plupart sont à la tête de leurs appellations respectives, et le fait de s’y maintenir mérite un coup de chapeau.

– Dans la lignée, il y a ensuite les propriétaires, dans toutes les appellations, qui ont cru en leur région et que j’ai soutenu dès le début. On retrouve ici les grandes valeurs sûres comme Fabas (au sommet de leur appellation Minervois), Aigues-Vives (j’ai été ravi de revoir Magali Dourthe, toujours charmante et passionnée, qui se partage entre Bordeaux -Maucaillou, Beaurivage- et son vignoble languedocien), Vaugelas (j’apprécie et estime l’exemplaire réussite de la famille Bonfils, des « pieds-noirs », comme moi, représentés par l’efficace Heidi Van Den Akker), Oustric (Sébastien Bonneaud, bérêt de rigueur, est talentueux et élève des cuvées tout en charme et puissance), Mire-L’Étang (le blanc est une nouvelle fois formidable), Saint-Martin-des-Champs avec un superbe Saint-Chinian, Peyregrandes (la référence en Faugères), Bertrand-Bergé (un Fitou de haute volée), Pinet (leur Picpoul blanc est tout en délicatesse aromatique), Malautié (le moelleux Clairette est très séduisant), Barrubio (le Muscat est tout aussi bon que le Minervois), Nidolères en Côtes-du-Roussillon, Casa Blanca (le meilleur Collioure)… et de rares caves (Cave de Roquebrun, Vignerons Sommiérois, Estabel Cabrières…). On les retrouve tout naturellement dans le haut de mon Classement 2008 et d’autres, qui se prennent souvent très au sérieux, ne sont pas prêts de les concurrencer !

– Il y a enfin ceux qui ne sont pas installés depuis longtemps dans la région et que j’étais content de rencontrer de visu à cette occasion (Madura, Croix-Chaptal, Haut-Fabrègues, Hortus, Rives Blanques, Bourdic, Villemagne, Angles, Reynardière, Sainte-Marie-des-Crozes, Mingraut…). On les défend avec plaisir car ils s’attachent également à produire des vins typés et de qualité, à des prix très abordables. J’aime mettre un visage sur un vin et ces dégustations chaleureuses permettent justement cela. Ceux qui ne daignent pas se déranger n’ont rien compris au vin.

Cause à effet ou pas, vous l’avez compris, attention à ceux qui pourraient se laisser piéger à développer des vins de vinification plutôt que de terroir. Quelques producteurs, marchands et grands groupes qui nous (et vous) font croire que leurs vins ressemblent à quelque chose. Ces vins de mascarade (en Coteaux-du-Languedoc et en vins de cépages notamment), où l’on parle de “vins à haute expression” (expression de la méthode de vinification et du bois neuf surtout…), qui “sentent le goudron ou le café” (cela donne envie, non ?)… Idem pour les cuvées de vins blancs totalement fabriquées dans les chais où l’on est fier de vous faire sentir “la mangue et autres fruits exotiques”. Il s’agit donc de ne pas confondre l’ensemble d’une progression qualitative certaine et le développement de ces vins “fabriqués” et “putassiers” qui attirent les investisseurs comme des mouches, et sont, hélas, soutenus par des “critiques”, notamment américains (ce sont les mêmes qui soutiennent les “vins de garage” bordelais). Ce problème s’étend aux vins de cépages, où je ne vois toujours pas l’intérêt de planter des cépages (du Gewuztraminer, ici, on croit rêver) qui se plaisent mieux dans des régions beaucoup plus froides (les bonnes exceptions existent), ni à se lancer dans des vinifications sophistiquées pour pouvoir remplir un dossier de presse… et mentionner des prix inexcusables sous prétexte que l’on peut mettre sur une étiquette les noms de Chardonnay ou de Merlot, ou que l’on croit qu’il suffit d’acheter des barriques neuves et se payer les services d’un œnologue “tendance” pour faire un grand vin. Je vous l’avais dit, il y a de quoi rire.

Millesimes

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