Patrick Dussert-Gerber

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Vins du Sud-Ouest : l’attentisme prévaut

Que l’on fasse du Cahors “primeur” à boire frais et vite comme on en fait dans le Beaujolais me donne surtout envie de sourire. Même si les vinifications peuvent faire aujourd’hui n’importe quel style de vin, selon le marché (toujours l’argent), il ne peut être que risible en effet d’essayer de copier un vin qui marche depuis des années. Ce n’est d’abord pas si facile, car il y a des raisons à la réussite beaujolaise, le cépage bien sûr mais aussi l’intelligence des vignerons. Si le vignoble de Gaillac s’en sort bien (comme celui de Touraine), c’est qu’il existe donc des cépages appropriés. Pas vraiment le cas à Cahors, où c’est peut-être pour écouler des cuvées de bas de gamme que l’on se lance dans cet engrenage, qui fait perdre son âme à ce vignoble historique. C’est aussi jouer le même jeu que les négociants australiens, argentins ou sud-africains. On ne peut rien reprocher à ces derniers, qui, au moins, n’ont n’y terroir, ni histoire, ni tradition vinicole à défendre, et on peut comprendre qu’ils ne fassent que des vins standardisés. On peut tout autant regretter l’arrivée de cuvées surchargées par le bois et “fabriquées” pour avoir une bonne note auprès de “critiques”, ceci facilitant une hausse de prix totalement incautionnable.

Voir le Guide 2008 et les Classements


Gare donc aux vins de mode dans cette région où les cépages et les sols ont une véritable influence, une véritable présence historique, gare aux pièges à touriste (un Madiran à un prix dément ou un Cahors “primeur”…). On sait qu’il ne suffit pas de trouver un œnologue à la mode, de faire un chai à la bordelaise ou de faire mariner son vin dans des barriques neuves, en tergiversant sur l’origine de chaque bois, pour faire, ici comme ailleurs, un bon vin.
Ne vaut-il pas mieux montrer sa propre personnalité quand on en a comme c’est le cas à Cahors ou à Madiran? À quoi bon avoir de beaux cépages de caractère comme le Tannat, le Cot, La Négrette ou le Gros Manseng si c’est pour “lisser” les vins et les dépersonnaliser au point que l’on ne sait plus ce que l’on goûte ? La complexité des terroirs et des climats est pourtant bien réelle dans la région, et prouve que l’on ne fait pas la même qualité, selon les aléas de la nature, au fin fond du Béarn ou dans le Lot. C’est ce qui compte, et crée la typicité.

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Ecrit il y a in Coups de gueule and Dégustations 2 years, 9 months à 8:50.

4 comments

4 commentaires

  1. bonsoir

    Je partage votre opinion sur les primeurs et sur le surboisé.Mais comment faire découvrir les autres Cahors non boisés et sur le fruit,sans prétention aucune ,si ,seulement faire plaisir aux consommateurs et surtout leur donné envie de prendre un verre de vin au lieu d’un pastis ou d’une biere.

    Merci de parler de nous

    NOMINE Laurent
    Président des vi du Lot
    Chat.Cantelauze

  2. Bonjour M. Gerber,

    Je ne partage pas votre point de vue.

    1. Tout d’abord, soyons précis et exacts. Il ne se fait pas de Cahors Primeur ! … Mais du VDP du Lot « primeur » à base de Malbec. En outre, il ne s’en ait fait que 150 Hl ! Par comparaison, la production d’AOC Cahors devrait avoisiner les 150 000 Hl environ.

    2. Ensuite, force est de constater que le cépage Malbec a donné d’excellents résultats cette année en VDP « primeur », ce qui est annonciateur d’un excellent millésime 2007 en AOC Cahors. Ce VDP nouveau est « un presque vin ». Rien à voir au goût avec un simple Beaujolais. lundi dernier, un célèbre journaliste de la Revue du Vin de France les a dégusté par curiosité, et il en a convenu.

    3. L’enjeu du vignoble de Cahors est aujourd’hui d’arriver composer une gamme de vins à base de Malbec, sachant que ce qui est étiquetté Cahors doit en être vraiment. D’ailleurs, la production en AOC Cahors est passée de 240 000 à 170 000 Hl ces dernières années. Objectif : faire du Cahors « noir » concentré et gourmand à la fois, bref recentré sur son identité mais très agréable à boire. Parallèlement au grand retour du Cahors, les producteurs et négociants ont développé une démarche de diversification. Ils élaborent désormais des VDP « primeur » (très peu : 150hl), des VDP rosé ( assez peu : 8 000 hl en 2006) et des VDP rouges (quelques dizaines de milliers d’Hl). Cette démarche est pertinente car le malbec s’y prête, qualitativement, et les débouchés existent, localement surtout. Ainsi, Olivier POUSSIER est lui même convaincu que le Malbec peut donner l’un des meilleurs rosés « gastronomiques » de France (cf. son intervention ans le vignoble de Cahors en mai 2007, puis le mois d’après son article dans la revue; cf. le Figaro Magazine du 6 sept. 2007 sur les rosés de France à découvrir etc.). Michel BETTANE pense lui aussi qu’une diversification qualitative est possible à Cahors, allant jusqu’à parler de très grands blancs !

    Bref, il est intéressant et impressionnant de voir combien à Cahors le Malbec se prête à une diversification qualitative et à forte personnalité.

    Une chose est sûre qu’il s’agisse de Cahors noir, de Malbec rosé ou primeur du Lot, tous répondent une stratégie de « niche », et donc de valorisation le plus possible et non de standardisation.

    Le vignoble de Cahors est sur la bonne voie …

    Bien à vous,
    J. ARNAUD, Directeur marketing de l’UIVC

    Entrez dans l’univers du vin noir de Cahors ! http://www.frenchblackwine.com

  3. Bonjour. Il semble que vous ne m’ayez pas bien compris et sorti cette phrase de son contexte puisqu’elle se voulait ouvrir un article sur la typicité des vins de la région, ce qui, je crois, devrait nous réunir.
    3 points :
    1/. J’aime les “vrais” vins de Cahors. Les vrais, ce sont justement ceux que vous essayez de mieux positionner désormais, ces vins chaleureux et noirs, gourmands et soyeux, bien loin de ceux que l’on pouvait trouver dans la région il y a 30 ans.
    2/. Je connais l’histoire (j’ai écrit “Les Seigneurs du Cahors” chez Michel Lafon, il y a 15 ans), les bagarres de syndicats, les aventures et les querelles de clochers de l’appellation depuis, justement, 30 ans. Suivi toutes les époques : de Retenauer à Perrin, de Vigouroux à Jouffreau… J’ai tout vu, tout entendu, suivi toutes les étapes, et on a fait de tout, il faut bien l’avouer : du Cahors de bas de gamme aux Seigneurs du Cahors, des vins à la mode et écœurants comme de la confiture pour avoir de bonnes notes chez Parker, du Cahors primeur ou comme tel (car il y en a eu), notamment celui de quelques négociants et de mon ami (ex) ADP de Lagrézette.
    3/. On se doute que je n’ai rien contre le fait de faire des Cahors rosés, par exemple, le Malbec étant en effet un cépage approprié à engendrer des vins “jeunes” mais sur certains territoires uniquement. Pour faire court, il me semble, qu’au moment où le nom de Cahors est en train de retrouver une clarté, une homogénéité et des lettres de noblesse – ce que je soutiens avec plaisir- il est prépondérant, avant de parler de faire du blanc, de rester sur ce sujet de “vin noir”, sans trop se disperser.
    Dernier point : votre blog est une bonne initiative et c’est bien. Je connais un peu : j’ai 100 bllogs et sites différents en activité sur le Net.
    BIen à vous.

  4. M. DUSSERT – GERBER, bonjour,

    Je vous remercie pour votre réponse, qui est un vrai encouragement pour nous, qui tentons, plus que jamais, de renouer avec l’identité du Cahors, celle qui mêle en effet le terroir, le malbec et le noir …

    Le Cahors est un vin noir. C’est son identité, sa différence, sa valeur ajoutée aujourd’hui sur les marchés, notamment étranger. Il n’est donc pas question à ce jour de faire un Cahors blanc ou rosé. Le blanc, le rosé (et progressivement le rouge !!!) étant réservés dans notre vignoble aux VDP.

    Merci encore pour vos encouragements. Le millésime 2007 va vous enchanter, c’est sûr !

    Bien à vous,
    Jérémy ARNAUD


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