Plantu, la gauche acerbe, Nicolas, la droite moderne

Je n’avais pas vu le dessin de Plantu dans « Le Monde » (je viens de me désabonner), dont Nicolas Sarkozy se plaignait.

Je vous laisse juge : http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2007/04/28/v_7_ill_903302_07042914_maurus+x1pl_web.jpg

Franchement, c’est la honte ; on peut être de gauche comme Plantu mais faut quand même pas exagérer : reprendre le brassard et la « mouche » qu’il destine habituellement à Le Pen pour en affubler Sarkozy est indigne.

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Meursault et Volnay d’Antonin Guyon

La politique, c’est bien, le plaisir, c’est mieux : deux Premiers Crus vraiment formidables du Domaine Antonin Guyon : ce Meursault Charmes 2004, où le musc rejoint la narcisse, d’une grande longueur en bouche, sec et suave à la fois, encore bien jeune comme ce Volnay Clos des Chênes 2002 (petits fruits cuits, humus, note de poivre en finale), savouré sur du veau. Chapeau, donc.

Voir aussi : http://www.millesimes.fr/domaine.php?id=719

Les meilleurs vins italiens

L’Italie se divise aisément en quatre grandes régions vinicoles :

– Le Nord-Est du pays, ce sont les vins du Trentin-Haut-Adige, de type allemand (ou autrichien), le domaine du Valpolicella et du Soave en Vénétie, puis les vins des Grave et Colli du Frioul et de la Vénétie Julienne.

– Le Nord-Ouest, d’une topographie très contrastée, regroupe le Val d’Aoste avec ses pistes de ski, la (très) grande région viticole du Piémont, les Apennins de Ligurie au-dessous, qui borde la Méditerranée, la Lombardie, puis l’Émilie-Romagne et son Lambrusco, qui empiète sur le nord et le centre du pays et annonce la Toscane.

– Le Centre, qui commence par la beauté de la Toscane et son fameux Chianti omniprésent, se poursuit vers Rome et le Latium, sur la mer Tyrrhénienne, traverse le pays par la région de l’Ombrie, atteint la mer Adriatique par les Abruzzes, puis les Marches pour ses vins méconnus de Rosso Piceno, avant d’arriver au secteur de Molise.

– Le Sud, c’est aussi un autre pays, avec d’autres vins et des régions authentiques, la Campanie sur la côte ouest, les Pouilles sur la côte orientale, la Basilicate au centre des deux, puis la Calabre, splendide comme la Sardaigne et la Sicile où l’on savoure le Marsala.

L’ITALIE DU NORD-EST

Le Trentin et le Haut-Adige

Douze DOC dans cette belle région chérie des skieurs qui pratiquait la viticulture bien avant que les Romains ne l’encourage. Ce sont les couvents et les évêchés qui firent de cette région leur source d’approvisionnement en vin, au temps de Charlemagne. Aujourd’hui, l’influence germanique est d’ailleurs toujours omniprésente, notamment dans la région du Haut-Adige, et cela se ressent tout naturellement dans le style de vins élaborés.

La quantité prime quand même sur la qualité et presque les 2/3 de la production, sont des DOC, exportés pour la plupart en Suisse, en Autriche, et en Allemagne, ce qui semble parfaitement naturel. A noter que les vins du Trentin sont assez proches de ceux du Haut-Adige, issus pour la plupart des mêmes cépages, mais plus neutres et sans grand intérêt. Les coopératives sont puissantes, et tout le monde produit des blancs secs et mousseux.

– Alto Adige
Cette appellation générique couvre la fraction du Haut-Adige située dans la province septentrionale de Bolzano. Hormis l’Alto Adige Spumante, tous les vins sont des vins de cépage (s) et doivent comporter au moins 95% du cépage indiqué, contre 85% dans le reste du pays. Les rouges ne sont guère passionnants, malgré leurs noms flambeurs de Cabernet-Sauvignon, de Merlot ou de Pinot noir (Blauburgunder), ce dernier étant nettement supérieur en rosé (un comble). Pour l’anecdote, le Moscato rosa (Rosenmuskateller) et ses vins chauds et parfumés, demi-doux à moelleux, avec une forte acidité naturelle et une saveur prononcée de Muscat, bien agréable à constater. En blancs, aux côtés du bon Terlano (DOC), vous trouverez l’éternel Chardonnay, meilleur quand il est frizzante, presque spumante. Le Pinot bianc (Weissburgunder) est le plus répandu des cépages blancs, et c’est certainement lui qui donne les plus jolis vins de la région. Le seul Riesling digne de ce nom est celui du Rhin (renano). Je ne m’étends pas sur les qualités très moyennes du Müller-Thurgau, du Sauvignon ou du Sylvaner, et préfère vous faire découvrir un vin plus racé comme le Moscato Gialoo qui donne de délicieux vins de dessert.

– Teroldego Rotaliano
J’ai bien apprécié ce rouge provenant de la maison Zeni, issu du cépage Teroldego. Le vin est coloré, bouqueté, légèrement corsé, de bonne bouche.

– Sant Maddalena
Issu du cépage Schiva, un vin rouge franc, fruité et rond, sans prétention, à boire frais en regardant les collines qui vous feront penser au Tyrol voisin.

La Vénétie

Dès le XVe siècle, Venise était le premier négociant de vins de la grande Europe. Les riches marchands vénitiens exportaient en effet les vins grecs et les vins de Vérone ou de Padoue. Les vins de Vénétie sont issus aujourd’hui des cépages plus ou moins hétéroclites Barbera, Merlot, Pinot noir, Cabernet-sauvignon pour les rouges et des Trebianno, Bianchetta, Malvoisie, Pinot blanc ou Traminer. Les secteurs étant disparates, les vins le sont tout autant, blancs, rouges ou rosés, et proviennent des collines véronaises, des monts Berici, des collines Euganéennes, de Bregance et des rives du Piave : Valpolicella, Bardolino et Soave, avec une préférence pour le premier (mais si) qu’il est bien agréable de savourer un peu frais, dans sa jeunesse, même si j’ai eu l’occasion d’être surpris par quelques bouteilles de 8 et 10 ans, qui sont surtout des exceptions. Si je ne vous conseille pas de nombreux vins, c’est qu’ils sont, soit issus d’assemblage, soit des vins de purs cépages pour le moins peu typés (Cabernet, Merlot…), provenant surtout du secteur de Trente et de Trévise (Colli, Piave…). Cinq appellations, d’ouest en est, sortent du lot.

– Bardolino
De bons vins rouges légers (et rosés comme le Chiaretto) proviennent de cette région du lac de Garde, et sont à apprécier simplement pour leur fruité et leur nervosité en bouche, jeunes et frais.

– Valpolicella
C’est le vin de prédilection des alentours de Vérone, issu des cépages Rondinella, Corvana et Molinara, que l’on ne se gêne pas pour rendre très productif. Passons. Un bon Valpolicella n’est pas élaboré pour faire de l’esprit mais pour faciliter le dialogue entre amis. Essayez le Recioto della Valpolicella, un vin rouge étrange issu de raisins passiti, très alcoolisé, aux nuances aromatiques intenses, qui peut rappeler un VDN, voire, de loin, un Porto.

– Bianco di Custoza
Peu connu et produit au sud de Vérone, ce joli blanc, à la fois sec et rond, qui sent les fleurs fraîches, est un vin très attirant, dont certaines bouteilles sont surprenantes qualitativement.

– Soave
Il y a de tout dans cette appellation, des plus simples des blancs, vraiment insignifiants, à des crus plus denses, parfumés, aux notes d’amande et de fleurs, onctueux en bouche comme le Recioto di Soave, de bonne évolution.

– Bregance
Un bon Bregance blanc, notamment le Prazti di Canzio, est un vin tout à fait particulier, très parfumé, fin et suave, très agréable à découvrir sur un poisson de lac. Le rouge peut être excellent, puissant et corsé, aux tannins fermes.

Le Frioul et la Vénétie Julienne

S’étendant à l’extrême est du nord de l’Italie, de la frontière autrichienne jusqu’à Trieste, la région produit surtout des vins issus de vinifications plus modernes que typiques des cépages que l’on croit à tort et à travers “améliorateurs” comme le Chardonnay ou le Merlot.

Terre de conquête, le Frioul cultive la vigne dans la zone abritée des collines, protégée par les Alpes du vent froid qui sévit sur les plaines et les vallées. Avec 118 typologies différentes (ouf !), 8 vins du Frioul ont obtenu la DOC. Comme en Vénétie, les vins de cépages “français” vont donc bon train dans les appellations Aquilea, Atisana, Izonzo… et ne présentent pas plus d’intérêt, sur le plan de la typicité et de l’originalité d’un pays, qu’un Chardonnay de l’Ardèche ou qu’un Bordeaux nouveau.

– Grave del Friuli
C’est la plus grande appellation de la région, qui s’étend de Pordenone à l’ouest à Cormons à l’est, où vous ne trouverez pratiquement que des vins de cépages qui ne vous dépayseront pas (Merlot, Pinot noir, Chardonnay, Sauvignon… il ne manque plus que la Syrah ou la Marsanne). Préférez quand même les vins qui proviennent des Refosco, Tocai , Pinot grigio ou Verduzzo.

– Colli Orientali del Friuli
Aux côtés du Pinot Grigio et du Tocai, qui font d’excellents vins dans ce secteur, deux cépages blancs valent le détour : le Verduzzo, vinifié surtout en demi-sec, ample et bouqueté, vraiment très réussi, et le Picolit, un raisin difficile à cultiver (et un vin difficile à trouver, 400 hl par an) qui produisait un vin déjà apprécié au XVIIIe siècle, issu des collines de la province d’Udine.

– Carso
Près de Trieste, le Terrano del Carso est un rouge très typé, parfois austère, intense et concentré (c’est l’influence du cépage Terrano), qu’il faut savoir attendre.

L’ITALIE DU NORD-OUEST

Le Val d’Aoste

Une seule appellation, le Val d’Aoste (DOC), qui comprend une douzaine de sous-appellations permettant de mieux distinguer les types de vins. Les vignobles du Val d’Aoste, disposés en terrasses, accrochés aux pentes raides des montagnes qui peuvent avoir une inclinaison jusqu’à 80%, sont les plus hauts d’Europe. Climat de montagne rigoureux. Sur tous les vins disponibles, uniquement de rares bons souvenirs de la DOC Donnaz et du VT Malvoisie de Nuz, voire du Blanc de Morgex, plus irrégulier, à l’acidité élevée, à boire sur place avec la friture des lacs.

Donnaz
Issu de l’excellent Nebbiolo, qui semble s’adapter tout particulièrement bien sous ce climat, un très bon rouge, de couleur profonde, souple et bouqueté, assez ferme en bouche.

Malvoisie de Nus
Un vin de dessert tout en arômes, suave et liquoreux en bouche, très alcoolisé, assez réussi, et difficile à se procurer tant sa production est confidentielle.

Le Piémont

Le Piémont est un pays de contrastes, un contraste que l’on retrouve dans les vins, avec leurs deux extrêmes les plus célèbres : le Barolo, massif, concentré, noir et tannique, de grande évolution, et l’Asti, léger, perlant et fruité. Quand on aime les vins typés, on est servi, les collines du Piémont offrant un tel assortiment de raisins locaux que les cépages internationaux qui y ont été plantés sont plus que rares, et c’est une bonne chose.

Pour la production de vins blancs, l’Asti Spumante domine très nettement, issu du Moscato qui lui confère sa saveur caractéristique. Auprès du Muscat, les cépages Cortese, Erbaluce et Arneis, et les éternels Riesling, Chardonnay ou Sylvaner… L’Asti est bien entendu le plus grand vin effervescent d’Italie. Il est produit en cuve close, à partir de raisins récoltés dans 52 communes des provinces d’Asti, Coni et Alexandrie. Les meilleurs Asti sont caractérisés par cette douceur succulente et des arômes de pêche. C’est aussi un remarquable vin de dessert, auquel les Italiens restent très attachés, alors que nous perdons pratiquement l’habitude de ce type de vins en France, et que c’est bien dommage. Goûtez aussi le Moscato Naturale d’Asti, proche de l’Asti spumante, frizzante lui aussi, gras et doux en bouche, au nez délicat.

Les vins blancs de Gavi, légèrement frizzantini, se boivent jeunes, sont tendres (parfois carrément plats), mais dégagent souvent une agréable sensation de rondeur en bouche.
Pour les rouges, véritablement chez eux ici, le Piémont est dominé par trois cépages : le Nebbiolo, le meilleur, qui doit son nom au brouillard (la nebbia) qui règne en automne dans cette région, le Barbera, le plus répandu, et le Dolcetto. Le Nebbiolo donne le Barolo et le Barbaresco ; le Barbera les vins d’Alba et le Dolcetto la DOC du même nom. Je n’oublie pas les DOC rouges de Grigolino d’Asti (bien fruité) ou de Ghemme (plus corsé), d’excellents VT qui pourraient surprendre dans une dégustation “à l’aveugle” comme ceux de Bricco Manzoni ou de Caramino, et des vins d’assemblages, dont certains sont très réussis, issus des Bonarda, Croatina, Grignolino ou Vespolina. Du nord au sud du Piémont, voici donc les grands vins rouges que vous allez apprécier.

– Gattinara
Ce petit vignoble borde le Sésia, à l’est de Biella, dans le nord du Piémont. Les collines morainiques de Gattinara, dont le climat est plus tempéré que celui de la plaine, ont été formées il y a plus de 150 millions d’années, lors de l’imposante glaciation des Alpes. La terre rougeâtre, graveleuse donne beaucoup de finesse aux fruits et permet une maturation précoce. Le symbole de Gattinara est depuis l’an 1000 la tour en pierre appelée “la Castelle”, construite sur les collines par le roi Arduino.

Le cépage principal de l’appellation est l’excellent Nebbiolo (ou Spanna), auquel s’ajoutent le Bonarda ou le Vespolina (10% maximum). De couleur intense, avec des notes de violette et d’épices, les meilleurs sont gras, bien tanniques, de belle garde.

– Barbera d’Alba
Le Barbera est l’un des plus grands cépages italiens, à mon avis bien trop méconnu. Les vins sont puissants, colorés, riches et savoureux en bouche, d’excellente évolution. Celui d’Alba est le meilleur des Barbera, à la fois gras et corsé, de bonne garde. Son aire d’appellation (avec celui d’Asti) est limitée à deux provinces de la région du Piémont et les meilleus crus proviennent des vignobles de collines, qui donnent son origine à ce vin ayant des caractéristiques d’unicité et de tipicité remarquables.

Le Barbera d’Asti est plus souple, de couleur rubis intense, parfois légèrement grenat, sont goût est sec et rond à la fois.

Enfin, la province d’Alessandria et une petite partie de la province d’Asti donnent le Barbera du Monferrato, un joli vin plus frais, franc, avec des arômes fruités, un vin plus tendre, à goûter sur des viandes blanches ou des fromages frais.

– Nebbiolo d’Alba
Ces vins sont des purs Nebbiolo, et proviennent d’une aire située entre celles du Barolo et du Barbaresco. Cela donne des vins qui sentent les fruits mûrs, amples et riches, onctueux et persistants en bouche, remarquables sur des pâtes à la crème.

– Barbaresco
Comme ceux de Barolo (voir plus loin), les vins sont issus du Nebbiolo, extrêmement typés, et très méconnus. Un grand Barbaresco Riserva est un vin complexe, très élégant quand il atteint sa plénitude, d’une grande persistance aromatique où dominent les épices et les sous-bois. Un vin de garde qu’il est ridicule de goûter avant huit à dix ans, certains dépassant allègrement les vingt ans pour parvenir à une pleine maturité. J’ai encore le souvenir de ce Barbaresco splendide de 68, dégusté cette année.

– Barolo
Ici, vous êtes au sommet des plus grands vins rouges italiens (avec ceux de Toscane), qui peuvent s’enorgueillir d’être des vins de grande race, intensément marqués et typés par leur cépage Nebbiolo local, et dans ce sens, totalement incomparables.

Géographiquement, l’appellation est située à l’extrémité sud du Piémont, dans la province de Cuneo. Cette zone comprend dans son ensemble (avec le Barbaresco). Les collines sont reines ici, sous un climat humide, relativement chaud et très ensoleillé. Morphologiquement, il y a donc principalement des collines de 350 mètres, de formation marneuse-argileuse et calcaire-marneuse. Des sols où le Nebbiolo s’exprime merveilleusement. Très corsé, fortement alcoolisé, très mûr, plus puissant que le Barbaresco, mais aussi plus gras, plus complet, plus harmonieux, le Barolo est un vin de grande évolution qui ne supporte pas la médiocrité et s’accorde avec des plats riches (voir encadré la grande gastronomie italienne).

– Dolcetto di Diano d’Alba
Il se partage, avec le Dolcetto di Ovada, la gloire d’être l’un des vins les plus séduisants qui soient, étonnament moelleux, finement parfumé, rond et ferme à la fois, de bonne évolution.

La Ligurie

Si Gênes n’a aucun intérêt, je fais au moins six à sept fois par an mon marché à San Remo (avec mon épouse), profitant le temps d’un week-end de son charme nostalgique, et je ne rechigne pas, comme tout bon Italien, à suivre les embouteillages le long de la côte pour aller déjeuner à Porto Fino, le Saint-Tropez italien, et croiser les derniers modèles de Ferrari rutilantes. La Ligurie est donc plus célèbre pour sa Riviera que pour ses vins, où l’atomisation de la production viticole est extrême (plus de cent espèces de cépages sont recensées). Tournée vers la mer, cette bande de terre étroite et sinueuse, croisement de vents marins, touche la France, le Piémont, la Toscane et l’Émilie-Romagne, et a toujours reçu, par le trafic maritime ancien, l’apport de cépages provenant de pays lointains. Il semble que les producteurs essaient désormais de se limiter à la culture des bons cépages Dolcetto, Vermentino, Pigato, Rossese ou Sangiovese, et c’est heureux.

Rossesse di Dolceaqua
Les vignobles se trouvent entre San Remo et Gênes. Dolceaqua est un joli rouge finement bouqueté auquel je suis fidèle depuis longtemps, gras et corsé à la fois, très fruité.

Cinque Terre
De l’autre côté de la région, vers La Spézia (allez dîner chez Angelo Paracucchi), Cinque Terre doit son nom à l’évocation de ses cinq villages de bord de mer au-dessus desquels s’étendent les vignobles en terrasse qui ressemblent à une sorte de pyramide aztèque. Les meilleurs vins sont blancs, bien secs, vifs, un rien austères, et se dégustent avec les poissons du golfe.

La Lombardie

Industrielle et puissante avec Milan, la Lombardie s’étend à l’est du Piémont, des plaines de la vallée du Pô jusqu’aux sommets enneigés des Alpes, ce qui n’est pas rien. Les vignobles lombards sont plantés jusqu’à 700 m d’altitude et dans la région des lacs, au climat doux.

La région devient plus humaine et vinicole dans trois secteurs bien délimités : de l’autre côté du fleuve Adda, près de la commune de Sondrio, vers la frontière suisse, c’est le territoire des DOC Valtellina et Valtellina Superiore. L’autre secteur se trouve dans sa partie voisine du Piémont (Oltre Po Pavèse), dans un secteur compris entre les communes d’Alexandrie, Pavie et Plaisance, à peu près à la même hauteur que les vignobles d’Asti . Ici, l’on trouve la majorité des vins blancs qui constituent la base des meilleurs mousseux comme le Lambrusco Mantovano, l’Oltrepo Pavese Pinot Spumante ou le Franciacorta. Enfin, le cépage Trebbiano fait le blanc de Lugana, sur le lac de Garde, non loin des vignobles de Franciacorta, pour les mousseux.

– Valtellina Superiore
La meilleure DOC regroupe quatre sous-appellations : Sassela, Valgella, Grumello et Inferno, et tous les vins sont rouges, issus du Nebbiolo. Il faut goûter ceux de la maison Rainoldi, régulièrement réussis (voir aussi index), pour se rendre compte du potentiel qualitatif réel de ces vins, qui associent charpente et distinction, des tannins fermes à ce gras caractéristique en bouche, d’excellente évolution. J’ai dégusté pour preuve deux vieux millésimes : un 68 vraiment surprenant, à maturité certes, mais d’une rare complexité aromatique, très savoureux, et un 78 de haut niveau, encore jeune, d’une grande persistance en bouche, très marqué par le Nebbiolo qui apporte toute sa puissance sauvage dans ce millésime. A noter que la simple DOC Valtellina ne présente pas d’intérêt, provenant d’assemblages divers.

– Oltrepo Pavese
Toute la gamme de vins, du mousseux au rosé, en passant par le rouge et les blancs secs ou demi-secs est produite dans cette DOC (20% de la production régionale, le reste destiné aux mousseux), située précisément dans un périmètre qui va de la commune de Broni au nord à celle de Ruino, au sud. On trouve de tout dans cette appellation, des étiquettes aux noms folkloriques, où la qualité n’est pas réellement le seul critère recherché. Les meilleurs rouges sont issus des cépages Barbera et Bonarda, assez complémentaires.

L’Émilie-Romagne

Ah, le Lambrusco de l’Émilie ! Franchement, n’est-ce pas agréable de déboucher ce vin rouge très rafraîchissant, très fruité, qui sent la cerise, légèrement pétillant (frizzante) sur une polenta ou une daube ? Bien sûr, le vin est sans prétention, simplement sympathique, et ce n’est déjà pas si mal.

L’Émilie-Romagne ne fait pas dans la dentelle : des vignobles, des vignobles et des vignobles, pratiquement tous en plaine, dont on tire abondamment des vins courants, que je n’ai pas voulu retenir. Dans un tout autre style, la région produit plusieurs crus intéressants, comme ce joli blanc Albana di Romagna, le rouge Sangiovese di Romagna.

L’ITALIE CENTRALE

La Toscane

Avec le Piémont, mais dans un autre registre, la Toscane fait partie de cet art de vivre italien inimitable, où les sciences côtoient les marchands, les peintres, les architectes, les divas s’associent aux vignerons, les palais s’allient aux collines verdoyantes, les levers de soleil à la vie nocturne de Florence, tout cela dans une atmosphère unique que les plus grands réalisateurs ont su parfaitement transcrire au cinéma. Pourtant, ici, de Pise à l’île d’Elbe, de Sienne à Florence, la réalité correspond bien à l’imaginaire. Firenze est d’ailleurs l’archétype de la culture italienne, et l’on tombe vite sous son charme (une fois n’est pas coutume, descendez au Baglioni , somptueusement rénové l’an dernier, et demandez une chambre avec vue sur l’Arno, pour admirer le Ponte Vecchio).

La Toscane, ou plutôt le vieux pays toscan, est tout en beauté (allez-y en mai) avec ses villas et ses cyprès, ses forêts et ses vallées où se mêlent la vigne et l’olivier, c’est toute l’Italie résumée. Et c’est aussi son vin. On trouve de tout ici, du sublime au divin, bien que la région ait été la première d’Italie à entreprendre de délimiter et de protéger son vin.

Il est incontestable que la région possède une unité et une identité authentiques, comparables à celle que l’on peu retrouver dans le Bordelais, malgré les différences au niveau des sols, des traditions et des microclimats. La base de tout, c’est ce cépage Sangiovese qui fait l’homogénéité du Chianti. En revanche, le Chianti étant un vin coupé, les goûts personnels des producteurs peuvent influencer fortement l’équilibre du coupage, le type de fermentation et la durée du vieillissement.

La région est aussi prolifique en appellations contrôlées (24 vins en sont pourvus,), issues majoritairement des cépages rouges Sangiovese ou Brunello. Décidé à vous faire mieux connaître les vrais vins italiens, vous comprendrez qu’une nouvelle fois je ne m’attarde pas sur les vins de purs Cabernet-Sauvignon (Sassicaia ou Sanmarco), ou de Chardonnay. Une précision : bien qu’il n’existe pas de Chianti Blanc, on goûte de jolis vins tels que le Vernaccia di San Gimignano, très parfumé, légèrement poivré, le Montecarlo, plus gras, l’Elba, le Galestro, très sec et très frais, le Bianco della Lega ou ce Vino Santo, un demi-doux alcoolisé mais charmeur comme le Moscadello di Montalcino qui fleure bon son Muscat. Les cépages les plus utilisés sont le Malvasia, le Trebbiano et le Vernaccia.

Trois vins rouges, assez proches qualitativement, font la renommée de la Toscane, trois appellations qui bénéficient de la DOCG, c’est-à-dire de la Denominazione Controllata e Garantita, le grade le plus élevé dans la législation vinicole italienne, où l’on trouve des vins splendides, si l’on sait respecter les millésimes, leur évolution, et frapper à la bonne porte.

– Chianti
L’appellation Chianti étend ses meilleurs vignobles autour de Florence, au nord vers Pistoia et Rufina, au sud, vers San Gimignano et Montevarchi.

Au Moyen Age, Chianti était une petite région sans cesse en proie aux guerres et aux échauffourées entre Florence et Sienne. Le Chianti fut, dès le XVIIIe siècle, exporté dans les fameuses fiasques paillées. Le secteur regroupe plusieurs départements et sous-régions, dont les meilleurs sont ceux de Classico, Carmignano, Colli Fiorentini et Rufina. Si vous préférez comme moi un Chianti digne de ce nom, optez soit pour ceux qui proviennent de ces zones, soit pour le Chianti Riserva, l’exception confirmant la règle. La simple DOC Chianti regroupant surtout des vins plus légers, plus simples, à boire jeunes et frais, assez bien faits néanmoins. Un grand Chianti peut être exceptionnel, et se distingue donc aisément du Chianti de base que vous trouverez chez tous les restaurateurs.

– Brunello di Montalcino
Le secteur d’appellation se trouve au-dessous de Sienne, et il faut vouloir aller à Montalcino, tant la route n’est pas évidente. Bien sûr, on oublie vite les virages avec ce vin superbe, un ton au-dessus que le Chianti Riserva (mais pas toujours). Dans un style plus gras, très concentré, très classique, extrêmement complexe au nez comme en bouche, un grand Brunello devient l’un de ces crus hors normes auxquels il est difficile de résister. Le Riserva doit être élevé au moins cinq années avant d’être commercialisé, et c’est un minimum, tant ce sont des crus qui demandent de la patience. C’est cela la différence entre un grand et un bon vin.

– La DOC Rosso di Montalcino concerne les vins plus jeunes (ou provenant de vignes plus jeunes), plus souples, très différents, que je n’ai jamais considérés comme d’excellents vins.

– Vino Nobile di Montepulciano
En repartant vers Quirico d’Orcia et Chianciano, vous arriverez comme moi dans l’adorable village de Montepulciano, auquel on accède par une petite route sinueuse. Le Sangiovese s’exprime encore parfaitement ici, dans ce beau rouge intense et généreux en bouche, souvent très puissant, tannique, qu’il faut également laisser évoluer longtemps pour profiter de ses qualités réelles. Le Montepulciano est un vin de connaisseur patient…

Le Latium

Deux noms symbolisent le Latium : Castelgandolfo, la résidence d’été du Pape, et le Frascati. La région ne badine pas avec les classifications : 17 vins, de 54 typologies différentes, ont obtenu la DOC, et sont issus pour les blancs, du Trebbiano et de la Malvasia, et pour les rouges, des Cesanese, Sangiovese, Montepulciano, Merlot et Barbera.

– Frascati
Quatre lieux de production pour ce vin plus connu que réputé : Frascati, Rome Montecompatri, Monteporzio Catone et Grottaferrata. Le vin est issu des cépages Malvasia blanc de Candia et Trebbiano de la Toscane, Malvasia du Latium et Greco. Un vrai et bon Frascati (ce n’est pas si courant) doit avoir cette couleur jaune brillante typique, un délicat parfum de fruits frais, et cette souplesse en bouche toute nuancée de douceur. Les meilleurs sont dans l’index, et se dégustent uniquement très jeunes, au printemps qui suit la récolte, sur place, avec des fruits de mer (la Tyrrhénéienne est à dix minutes de voiture, en roulant à l’italienne) ou à l’apéritif.

– Marino
Pour l’anecdote, un blanc correct (Malvasia, Trebbiano de la Toscane, Bonvino et Cacchione de robe jaune paille, dont les meilleurs sont vineux, riches, et je vous les conseille plutôt en demi-secs, plus souples en bouche.

– Cerveteri
J’aime bien les rouges issus des Sangiovese, Montepulciano, Cannaiolo noir, Carignano et Barbera, des vins vigoureux et colorés, lents à se faire.

– Velletri
Des blancs (cépages Malvasia et Trebbiano majoritaires) et rouges (cépages Sangiovese, Montepulciano, Merlot et Bombino noir), provenant des alentours de Vellitri et Lariano et Cisterna. Les blancs sont typés, secs et vineux, bien fruités, mais je préfère les rouges, de belle couleur rubis plus ou moins foncé, toujours secs, savoureux, souples et charnus à la fois, assez veloutés en bouche au bout de quelques années.

– Est!! Est!! Est!! di Montefiascone
Avec un nom pareil, on ne risque pas d’oublier ce blanc sec ou demi-doux, fait de Trebbiano et Malvasia. On raconte qu’au XIIe siècle un évêque allemand du nom de Johann Fugger aurait reçu l’ordre d’aller à Rome pour le couronnement de Henri V. Afin d’être sûr de boire de bons vins au cours de son voyage, il envoya son domestique visiter les auberges le long de la route en lui demandant de marquer celles qui servaient le meilleur vin du mot “Est”, pour “Vinum est bonum”. Arrivé à Montefiascone, celui-ci trouva le vin local tellement bon qu’il nota “Est! Est !! Est !!!”. Dans les faits, c’est vrai que le vin est très amusant, agréable, assez savoureux et persistant en bouche.

L’Ombrie

Là encore, le passé viticole remonte aux Étrusques, et cette région bénéficie d’un climat particulièrement favorable à la culture de la vigne, et à la grande variété des cépages qui y sont cultivés. Quatre DOC méritent d’être mieux respectées : Orvieto (visitez la ville médiévale, superbe), Colli Perugini, Torgiano et Sagrantino di Montefalco.

– Orvieto
De très bon vins blancs de renommée ancienne, déroutants au départ, secco ou abbocatto (voir encadré), très aromatiques, avec des nuances caractéristiques de miel frais, dont certains, issus de raisins botrytisés dans les grands millésimes, atteignent les sommets. Il faut les déguster sur des œufs.

– Colli Perugini
Dans un tout autre style, un blanc beaucoup plus nerveux, bien typé par le Trebbiano. La DOC englobe aussi un bon rouge (Sangiovese), à la fois ferme et souple en bouche.

– Torgiano
On retrouve bien la douceur et la typicité du cépage Sangiovese majoritaire dans ce vin rouge, bien parfumé, de bonne évolution. Certains Riserva (ceux de Lungarotti) deviennent étonnants de structure et de gras.

– Sagrantino di Montefalco
Un autre vin doux et onctueux, méconnu, très complexe au nez comme en bouche, délicieux avec des chocolats (mais si).

Bien que je ne sois pas un adepte de ces cépages ici, le Chardonnay di Miradueldo (VT) est correct, comme le Blanc Soleone, légèrement ambré.

Les Marches

Avec dix DOC, une production qui atteint le million d’hectolitres, dont près du quart en DOC, cette région est à mon avis l’un des grands secteurs très méconnus de l’Italie, avec un potentiel qualitatif qui pourrait en surprendre plus d’un.

Les Marches font suite à l’Émilie-Romagne, le long de la côte est, et sont encadrées par une petite partie de la Toscane, au nord-ouest, par toute la région de l’Ombrie, à l’ouest, puis par les Abruzzes, au sud d’Ascoli Piceno. La région a replanté la majorité de son vignoble et la fameuse culture en contre-espalier, à 3 ou 4 rangées de supports, a remplacé l’ancestrale culture en forme d’arbre. Moins de manutention, des travaux mécaniques facilités, d’excellents cépages comme les Sangiovese et Montepulciano pour les rouges, et les Malvasia et Trebbiano (remarquable ici) pour les blancs, auxquels s’associent les Bianchello et le Verdicchio, tout cela porte ses fruits aujourd’hui, quand on débouche les meilleures bouteilles du pays, qui proviennent essentiellement des cinq appellations suivantes.

– Rosso Piceno
Franchement, les cépages Sangiovese et Montepulciano donnent ici des vins exceptionnels, onctueux, gras et suaves, le type même de ce que doit être un vrai vin italien, tout en douceur et en nuances aromatiques, de bonne évolution. Je vous assure que sur des pâtes en sauce bien cuisinées comme des chioccioloni à la crème ou des raviolis à la Ricotta (voir aussi encadré La grande gastronomie italienne), vous vous en souviendrez. C’est superbe.

– Rosso Conero
D’autres excellents vins, plus corsés, plus alcoolisés, tout en bouche comme ceux de la famille Garofoli, près d’Ancône. A leur suite, la DOC Sangiovese dei Colli Pesaresi.

En blancs, secs ou mousseux, misez sur les appellations Verdicchio dei Castelli di Jesi et Verdicchio di Matelica, bien faits, très parfumés comme ceux d’Attilio Fabrini, bien secs, bien marqués par leur cépage Trebbiano souvent majoritaire, d’une jolie vivacité en bouche. Goûtez-les avec des pâtes fraîches au saumon fumé.

Les Abruzzes

A la suite de celle des Marches, vers le sud, la région des Abruzzes étend ses massifs montagneux et rocailleux pratiquement jusqu’à la côte orientale, près de Pescara. Le climat est assez privilégié et deux DOC, le Montepulciano d’Abruzzo et le Trebbiano d’Abruzzo, symbolisent bien le potentiel qualitatif de cette région qui, comme ses voisines du centre de l’Italie, doit aux Étrusques sa culture viticole. Les cépages cultivés sont ceux des DOC de la région, auprès desquels on trouve de plus en plus de cépages “améliorateurs”, rouges comme les Barbera, Merlot ou Dolcetto, et blancs comme ces Riesling, Pinot blanc ou Tocai (est-ce bien nécessaire ?).

– Montepulciano d’Abruzzo
J’ai bien apprécié ces rouges très colorés, que j’ai découverts dans le village de l’Aquila, sur les charcuteries corsées du pays. Des vins typés, intenses au nez comme en bouche, un peu durs certes (il faut les rafraîchir un peu, s’ils sont trop chauds), mais savoureux, gras et persistants. Ceux que j’ai goûtés tiennent parfaitement la comparaison avec des vins plus renommés comme ceux de Chianti, chacun possédant ses propres spécificités.

– Trebbiano d’Abbruzzo
Cette autre DOC est celle d’un vin blanc, à la fois sec et moelleux, assez amer en bouche, pour lequel il faut certainement trouver un plat adapté pour pouvoir l’apprécier comme il se doit.

A noter le vin de table rouge Rubino qui sait réserver de bonnes surprises, dans les millésimes favorables.

Le Molise

C’est la frontière naturelle entre les Abruzzes et la Campanie, c’est-à-dire entre les régions du centre et celles du sud : 70% de sa superficie viticole se trouvent dans la région de Campobasso, le reste dans la province d’Isernia. La région tout entière “bouge”, améliorant ses plantations et ses vinifications. Deux DOC, de création récente, viennent récompenser les efforts accomplis par les vignerons et les coopératives : Biferno di Campobasso et Pentro di Isernia, auxquelles s’ajoutent plusieurs bons vins de table, dont il faut surtout retenir les Ramitello (le meilleur) et Bianco del Molise en blancs, issus de vignes cultivées sur des sites assez élevés, et le Montepulciano del Molise en rouge, assez classique, corsé et rond en bouche, bien fait.

L’ITALIE DU SUD

Dès Naples, les amateurs de vins rustiques, fiers et authentiques, ne seront pas déçus, même si la production actuelle s’évapore vers de nombreux vins plus modernes, et à mon avis, beaucoup moins passionnants. Les deux grandes et belles îles, la Sardaigne et la Sicile (le fameux Marsala), font en effet des vins intenses issus des Moscatel et Malvasia, sans réelle équivalence ailleurs, la Campanie vous surprendra avec son Lacryma Christi del Vesuvio, l’austère et splendide Calabre avec son incroyable Greco di Bianco, la Basilicate avec son Aglianico, ou les Pouilles avec le Castel del Monte. Tous demandent la culture de la patience, et surtout cet état d’esprit sans lequel on ne peut les estimer à leur juste valeur : les goûter pour ce qu’ils sont, sans faire la moindre comparaison, même si c’est tentant. Après tout, demandons-nous à un vin Jaune du Jura de ressembler à un autre vin ?

La Campanie

La culture de la vigne et les techniques de vinification y furent introduites par les peuples helléniques. L’Aglianico est le cépage rouge le plus cultivé.

Pour moi, seules cinq DOC méritent d’être mentionnées : pour son rouge très puissant et parfumé, qu’il faut attendre, la DOC Taurasi, et dans une moindre mesure, celle de Ravello; pour son blanc, celle de Fiona di Avellino, déroutante par son amertume en bouche, celle de Lacrima Christi del Vesuvio, produit sur les pentes du volcan, nettement plus savoureuse, puis celle de Greco di Tufo, souvent plus décevante.

Goûtez les rouges de Capri (l’île reste encore très séduisante, allez à l’hôtel Luna qui surplombe la mer ou payez-vous le superbe palace Quisisana), souples et colorés, qui se boivent très bien dans les bons restaurants de Capri, comme La Cappanina, où l’on sait accorder les vins et les mets. Un bon vin de table, supérieur aux autres DOC : l’Asprino, un blanc perlant, léger et désaltérant, et, pour les rouges, ceux qui sont issus de l’Aglianico, notamment les doux de la région de Naples.

Les Pouilles

Pendant presque deux siècles, vouées à produire des vins de coupage à haut degré d’alcool, les Pouilles, au fil des dernières années, ont progressivement changé de politique, au risque de dépersonnaliser les vins durs et rustiques dont le pays regorge, en implantant des Sauvignon et autre Chardonnay. Aujourd’hui les Pouilles produisent la plus grande quantité de vin d’Italie.

A l’exception du Moscato di Trani, un joli blanc onctueux et parfumé, ce sont surtout les rouges, issus principalement du cépage Negro amaro, qui méritent d’être mieux connus, dont les meilleurs (ils sont rares) proviennent des DOC Rosso di Cerignola, Leverano, Squinzano (plus rustique), et de l’excellent Castel del Monte (Montepulciano), intense, gras et corsé à la fois.

La Basilicate

Comme la Campanie, la Basilicate cultive encore des cépages très typés comme l’Aglianico (c’est aussi l’unique DOC), importé sur le mont Vulture par les Grecs sept siècles avant notre ère. Il donne un rouge puissant, coloré, qu’il faut absolument savoir attendre quelques années pour profiter de son potentiel, surtout en Riserva. Les meilleurs vins blancs, toujours produits dans la zone de Vulture, comptent un vin de dessert doux mousseux caractéristique : le Muscat de Vulture, que j’ai eu du mal à apprécier.

La Calabre

Des vins rouges et rosés, des vins chauds à teneur en alcool élevée, dont les principales DOC sont Ciro, très réussi en rouge, Melissa, Donnici, Savuto, et Lamezia, avec des vins un peu plus faciles à mon goût. Le DOC Greco di Bianco, produit sur la côte ionienne, est un vin de dessert doux issu de raisins passiti (voir encadré), puissant, suave, intense au nez comme en bouche, très réussi et très apprécié. Parmi les vins de table, des vins de dessert également, et quelques vins rouges étonnants qui mériteraient mieux que leur appellation.

La Sardaigne

Cette île montagneuse située au large de toute la Méditerranée est habitée depuis les temps préhistoriques et la vigne a toujours fait partie du paysage. Certains vins sont doux, exceptionnellement forts et d’un goût qui provient, à l’évidence, du sol granitique. Le climat chaud permet tout naturellement aux vignes de donner des moûts riches en sucre, et des vins de dessert qui sont prédisposés à devenir liquoreux ou vinés (faites-vous plaisir avec un Moscato di Cagliari ou un Malvasia). Pourtant, de nouvelles variétés de raisin récoltées de bonne heure afin d’en préserver l’acidité, le contrôle de la température de fermentation et une mise en bouteilles précoce sont les principaux signes d’une vinification plus moderne, très récente, qui peut donner des vins plaisants comme le blanc issu du Torrelata, léger et franc, quoique un peu neutre par rapport aux autres appellations traditionnelles de l’île, du nord au sud, qui méritent d’être retenues.

– Malvasia di Bosa
Issu des raisins Malvasia et Seberu cultivés autour de Bosa, sur la côte ouest (profitez-en pour visiter les criques), ce vin blanc puissant (15 à 17,5°) est très corsé, avec ce goût caractéristique de noisette. Le meilleur liquoroso est doux.

– Oliena
Fait avec des raisins Cannonau et Monica, dans la région de Nuoro, ce vin plutôt sec a une jolie couleur grenat.

– Vernaccia di Oristano
Un vin sec, relativement proche d’un Xérès, issu de raisins cultivés autour d’Oristano, dans la vallée du Tirso qui coule du centre de l’île en direction de l’ouest et débouche dans la Méditerranée au fond du golfe d’Oristano, là où l’île est la plus large. Viné, le Vernaccia me semble meilleur en doux.

– Nuragus di Cagliari
Voilà un vin de table blanc étonnant, issu du cépage Nuragus cultivé autour de Cagliari, au sud de l’île. Capiteux, d’une couleur jaune paille, il représente annuellement environ 10% de toute la production vinicole sarde. Toujours autour de Cagliari, le Giro di Cagliari rouge (cépage Giro) se goûte facilement, comme l’excellent Monica di Cagliari, de couleur plus intense, bien corsé (17°). En vin de dessert, goûtez le Moscato di Cagliari, un étonnant rouge parfumé et doux.

– Cannonau di Sardegna
Assez bon rouge sec (ou demi-sec). Lorsqu’il est viné, le Cannonau, qui rappele le Porto, peut donner un bon vin de liqueur, le Cannonau Liquoroso Dolce Naturale. Enfin, le Trobato di Alghero, le bon vin de table de l’île, un blanc frais, vif et sec, très marqué par son cépage, et, dans un tout autre style, le Nasco, un blanc d’une couleur dorée, qui sent la fleur d’oranger, ou le Moscato di Sorso-Sennori, tout en bouche.

La Sicile

J’avoue une attirance toute particulière pour la Sicile. Sauvage, à la fois magique et austère, l’île possède ce charme indéfinissable qui crée les légendes. En réalité, la force de la Sicile a toujours été intimement liée à celle de ses habitants même si l’influence de chaque peuple a su marquer une empreinte particulière, des Grecs aux Arabes.

Déjà au VIIIe siècle avant J.-C., la production, la consommation et le commerce du vin rapprochaient la civilisation punique installée en Sicile occidentale et la civilisation grecque installée en Sicile orientale. Les amphores à vin puniques et monnaies grecques sur lesquelles sont gravées des grappes de raisin en témoignent. Un cépage de qualité, présent encore aujourd’hui dans l’île, le Grecanico, fut introduit par les colons grecs. Les vins de l’Etna, célébrés par Homère, Tucidide, Virgile et Tacite, étaient déjà considérés comme le “nec plus ultra” des produits de la vigne, cinq siècles avant notre ère. Au IIIe siècle avant J.-C., la Sicile devint romaine, et l’empire permit aux vins d’arriver jusqu’en Gaule. On a d’ailleurs retrouvé à Pompéi, la ville ensevelie par l’éruption du Vésuve, des jarres de vin sicilien qui faisaient concurrence aux vins locaux de Campanie. Pendant les siècles suivants, les premiers de la période chrétienne, la structure du latifondium permit une nouvelle expansion. Lorsqu’au IXe siècle les Arabes arrivèrent en Sicile, la vigne ne fut plus cultivée pour produire du vin, mais la viticulture fit cependant un nouveau pas en avant : en effet, les Arabes cultivèrent beaucoup de raisin de table, créant l’industrie des raisins secs et introduisant le cépage Zibibbo (dont l’origine vient de zibib, nom d’un chef arabe).

La viticulture et la production du vin revivent sous l’impulsion des Normands, puis des Souabes, s’accentuant encore sous les dominations aragonaise et espagnole, c’est-à-dire jusqu’au XVIIIe siècle. Sous les Bourbons, le vin sicilien franchit réellement les frontières de l’île (confer texte sur le Marsala). Ensuite, phylloxéra oblige, il faut attendre les années 1960 pour pouvoir parler d’une relance réelle de la viticulture sicilienne, qui a reconverti ses structures pour obtenir des vins nouveaux (s’il en est), comme en Sardaigne. Oublié l’arbrisseau à régime sec, ce système mycénien remontant à plus de 30 siècles, et remplacé ipso facto par des systèmes de plus vaste extension comme les espaliers et les baches pour diminuer la chaleur du terrain due au soleil et pour mieux conserver l’arôme du raisin que le climat ensoleilllé a une fâcheuse tendance à dégrader. Bien sûr, l’irrigation des vignobles, qui supprime les aléas climatiques et la sécheresse, a enlevé à la viticulture de l’île ses angulosités, certains diront sa spécificité, et a ravi aux zones tempérées le secret de la maturation graduelle, subtile, permettant une production œnologique de qualité. C’est vrai que sous l’impulsion de son efficace Istituto Regionale della Vite e del Bino (Institut Régional de la vigne et du vin), créé en 1950, la Sicile adapte depuis une dizaine d’années son patrimoine de raisins, choisissant attentivement les vignes, sélectionnant parmi les cépages ceux qui s’adapteront le mieux au soleil sicilien, comme les Inzolia, Catarratto, Malvasia de Lipar, Grappato de Vittoria ou Nera d’Avola, rejoints depuis peu par des cépages extérieurs. Toute la région se mobilise pour trouver de nouveaux débouchés et pour optimiser la distribution. Aujourd’hui, en dehors d’une production importante de vins de table, le pays produit 9 vins à appellation d’origine contrôlée et 11 bénéficiant d’une indication géographique. Les provinces vinicoles les plus importantes sont Trapani, Agrigente et Palerme.

– Les vins blancs
Parmi les vins blancs (11° à 11,5°), les appellations sont l’Etna Blanc (cépage Carricante), produit comme son nom peut l’indiquer aux pieds de l’Etna, et le Vin Blanc d’Alcamo, produit sur le territoire d’Alcamo et dans les communes situées entre les provinces de Palerme et de Trapani (prédominance du cépage Caratto Lucido).

– Les vins rouges
Trois appellations à découvrir : le Faro, produit dans le territoire de la commune de Messine, utilisant des raisins de Nerello Mascalese et de Nerello Mantellato , le Cerasuolo di Vittoria, produit surtout dans le territoire classique de Vittoria, Acate, Chiaramonte, Comiso et utilisant des mélanges de variétés composées de Frappato di Vittoria et de Calabrese, avec une tolérance allant jusqu’à 10 % maximum de Nero Grosso et Nerello Mascalese. A noter, le bon Etna rosé, connu déjà au temps d’Ulysse.

– Les vins de dessert
Vous l’aurez deviné, l’île est surtout connue pour son Marsala qui mérite une place à part (voir plus loin), produit en Sicile occidentale. Les autres DOC sont le Moscato di Noto, le Moscato di Siracusa, le Moscato di Pantelleria et la bonne Malvasia des îles Lipari. A part le Moscato di Pantelleria, obtenu avec le raisin Zibibbo, un beau vin exceptionnel en demi-doux ou doux, tous les autres vins sont obtenus avec leur raisin homonyme.

Le Marsala

Le Marsala est produit dans la province de Trapani avec des raisins de Catarratto, Grillo et Inzolia.

Historiquement, vers 1770, les commerçants anglais avaient des contacts très intenses avec la Sicile ; l’un d’eux, John Woodhouse, de Liverpool, avait probablement dans ses projets de trouver un vin capable de soutenir la comparaison avec les vins portugais et espagnols déjà assez connus en Angleterre. En 1773, son navire, l’“Elizabeth”, embarqua une cinquantaine de fûts (les pipes, de 412 litres chacune) destinés au marché anglais. Woodhouse, de peur que le produit ne s’altérât pendant le long voyage, ajouta de l’eau-de-vie de vin pour le fortifier, composant ainsi la formule définitive du Marsala, dont la fabrication requiert l’adjonction d’alcool de vin au moût en fermentation. L’amiral Nelson le qualifia de “vin digne de la table de tous les gentilhommes”, et au mois de mars 1800, il en commanda 500 pipes pour sa propre flotte méditerranéenne. Pendant un demi-siècle, les producteurs furent donc anglais. Puis en 1831, de grands entrepreneurs, les Florio, bâtirent le premier établissement de production du Marsala et l’exportèrent dans le monde entier ; pour mémoire, c’est précisément dans l’établissement des Florio qu’en 1862 l’illustre général Garibaldi apprécia l’une de ses cuvées, qui porte son nom : Marsala G.D. (ou Garibaldi Doux). Dès 1931, le territoire de production du Marsala fut délimité, puis la réglementation renouvelée en 1984 et 1986. Son élaboration consiste à ajouter de l’alcool de vin au moût en fermentation. Selon ses caractéristiques de production, de degré d’alcool et de durée du vieillissement, la loi distingue les types suivants : le Marsala Fin, avec un élevage d’un an minimum; le Marsala Supérieur (minimum de deux ans), le Marsala Réserve Supérieure (minimum de quatre ans), et le Marsala vierge et/ou Solera, c’est-à-dire très vieux et/ou de Réserve, qui demande un élevage de dix ans minimum. Le vieillissement est toujours fait dans du bois de valeur, le rouvre, et sa couleur passe de l’ambre clair à l’or et au rouge rubis intense. Goûtez-le à l’apéritif comme sur les desserts, voire sur un fromage bleu.

Si l’on est roi chez soi, le Marsala ne trahit pas l’adage : sa production annuelle est pratiquement monopolisée par les Italiens eux-mêmes.

On en attendait pas moins

Les ralliements de députés centristes à Nicolas Sarkozy continuent. Après des figures comme Charles de Courson ou Maurice Leroy, c’est maintenant le chef de file des parlementaires UDF, Hervé Morin, qui annonce que « dans l’intérêt du pays » il « votera sans hésitation Nicolas Sarkozy » le 6 mai.

http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20070429.WWW000000041_le_patron_des_deputes_udf_votera_sans_hesitation_sarkozy.html

Ségo sourit large, de Besancenot à Bayrou, et Nicolas est gagnant

Après le débat insipide sur une très grande chaîne (Bfm Tv, vous connaissiez ?) de Bayrou et Royal, on aura au moins appris une chose : « qu’est-ce qui ne faut pas faire pour passer à la tv » selon Bayrou, et « suivez mon sourire » selon Royal, qui ratisse bien large puisqu’elle tente de rameuter aussi bien les troskistes (ceux qui vous prendraient jusqu’à votre chemise) que les centristes de bonne foi, les uns et les autres étant les dindons de la farce et leurs électeurs respectifs les cocus du 2e tour.

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Après le bal des « faux-c… », le débat ?

N’y avait-il pas un film (ou livre) qui s’appelait le « bal des faux-c… » ? En tout cas, ce titre semblerait bien aller au débat que sont en train de mijoter Royal et Bayrou.

Et puis quoi, encore ? Pourquoi pas un débat Sarkozy-Le Pen ? Ce serait inadmissible en effet qu’un adversaire éliminé au 1er tour continue d’intervenir pendant la campagne du second (on est en pleine 4e République, compromissions, marchandage…). Notre cher Bayrou prend le « melon », un vrai « souverain » qui daignerait donner un peu de son temps pour nous conseiller tel ou tel vote, et surtout un vote de gauche, on commence à le comprendre. Pourquoi faire un débat si ce n’est pour avaliser ce qu’ils sont déjà en train de monnayer.

On est bien loin de la hauteur que devraient avoir des prétendants à diriger la France, la 5e puissance mondiale. On les imagine bien, les 2, Bayrou et Royal, face à de vrais durs, eux, que sont Poutine ou Bush…, face à une crise en Palestine ou à des menaces terroristes.

Mea culpa, donc, j’ai cru (ou voulais croire) il y a 3 mois que Bayrou avait de bonnes idées. Maintenant, on se rend compte que son seul objectif est de s’acoquiner avec celle qui lui donnerait des gages et de se venger de Sarkozy pour je ne sais quoi. Avec celle qui n’a fait qu’insulter et critiquer Sarkozy hier soir sur France 2 au lieu de nous proposer un projet (Sarkozy était formidable sur Tf1, un vrai chef d’Etat)… Bayrou est-il sûr que ses électeurs sont vraiment pour les 35h de Royal (et puis les 32, et les 30…), pour augmenter les charges des entreprises, les impôts, l’assistanat… est-il sûr que ses électeurs partagent les idées des troskystes purs et durs (10% quand même, c’est-à-dire un bon 1/4 des votants de Ségolène), bref pour une politique de classes et de régression alors que l’Allemagne et l’Angleterre font tout le contraire et que Sarkozy nous propose une France volontaire, active, prometteuse.

Allez, Nicolas, on est avec toi, aujourd-hui plus qu’hier, et bien moins que demain.

Dégustation Loire

Je rentre de Saumur où nous avons réuni chez mon ami Patrice Monmousseau (Bouvet) quelque 70 vignerons de talent de tout le Val de Loire. C’était convivial et sympathique, comme d’habitude dans la région.

Une déception : notre séjour au Prieuré à Chênehutte (à 5kms de Bouvet). J’y étais venu il y a 3 ou 4 ans et l’impression était meilleure. Un 4 étoiles sans la clim dans la (petite) chambre (205 €, jolie vue sur la Loire, quand même), cela la fout mal, et, surtout, un dîner « couronné » par une espèce de riz trop cuit présenté avec 3 petits pois et 4 asperges sous le nom prétentieux de « risotto », un plat franchement risible pour lequel on a eu besoin de réclamer une sauce pour le faire passer. On espère pour eux qu’ils n’auront pas de clients italiens qui commanderont ce plat, au risque de déclencher l’hilarité (ou un esclandre). Sans cela, ras, service standard, mi-sympa mi-prétentieux, quelques émulsions à la mode, carte des vins tout aussi standard, avec un Haut-Brion blanc de 1983 (vous lisez bien) à la carte (280 ou 230 €, sais plus) que je vous conseillerais de demander au sommelier s’il l’a goûté, quand et depuis combien de temps ils l’ont en cave…

Bravo, Nicolas

A 31%, c’est un score historique.

Deux choses :

1/. Ségo a mis 1h de plus pour retravailler son discours après avoir écouté celui de Sarkozy. Approximation, quand tu nous tiens… Elle est restée cloîtrée à Melle toute la soirée alors que ses militants l’attendaient à Paris : sympa pour eux.

2/. François Bayrou, que j’aime bien, devrait quand même se rappeler que TOUS ses élus Udf l’ont été grâce à l’Ump de Sarkozy. S’agirait pas de croire que sa bulle des 18% (il les aurait dépassé s’il n’avait pas autant tenté de flirter avec la gauche) lui permet de faire prendre le risque à ses électeurs historiques de s’acoquiner désormais avec les communistes, troskistes et autres Bové, Shivardi… Bayrou doit inciter -intelligemment, d’accord, pour sauvegarder la face (et ses élus)- ses électeurs à battre Royal. On compte sur lui.

Sarkozy à 29%, Bayrou chute…

Je l’ai écrit le 16, et il semble que je ne sois pas le seul à craindre (quelle déception) que Bayrou roule pour Ségolène. Cela semble déjà se confirmer puisque les électeurs de droite tentés de voter pour lui (j’avoue que j’hésitais) se repositionne naturellement sur Sarkozy : http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elysee_2007/20070419.OBS2798/sarkozy_et_royal_en_haussebayrou_chute.html

Millesimes 2007 : les 1000 meilleurs vignerons de l’année y sont !

J’ai la 28e édition de MILLESIMES entre les mains depuis Lundi (cela tombait bien, juste la veille de mon anniversaire).

C’est l’un des plus beaux numéros que nous ayons jamais réalisé : quelque 1000 producteurs sélectionnés dans toute la France, du plus modeste au plus grand, dans toute les gammes de prix. Uniquement des vins élevés par des hommes et des femmes passionnés (et passionnants), des vins marqués par leur terroir, des vins qui ont une « âme ». Pas de vins standardisés ni « surbarriqués », que des vins de plaisir…

Bref : pas moins de 464 pages (tout en quadri, naturellement), 1,5 kg… Il paraît en kiosques et librairies Samedi 21 Avril en France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Canada… et vous pouvez le commander directement sur nos sites.
Accès direct aux meilleurs producteurs, région par région : http://www.millesimes.fr/|http://www.millesimes.fr

Accès direct aux Classements 2007 : http://www.guidedesvins.com/|http://www.guidedesvins.com

Voici en tout cas ce qu’il faut retenir cette année, région par région :

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Le top Vins de France



!!!Millesimes 2007 est sorti !!!

Après un tour de 6 mois dans la plupart de nos vignobles, des centaines de dégustations, des rencontres, des interviews… voici ce que l’on doit retenir cette année.

Accès direct aux meilleurs producteurs, région par région : http://www.millesimes.fr/|http://www.millesimes.fr/

Accès direct aux Classements 2007 : http://www.guidedesvins.com/|http://www.guidedesvins.com/

Voir aussi le blog personnel de PDG http://patrick.dussert-gerber.com/|http://blog.guidedesvins.com/

__ALSACE : les vins ont-ils évolué ?__

L’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin…) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr… Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris).

__BEAUJOLAIS : les vins sont-ils reconnus comme ils le méritent ?__

Paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat…

__VAL DE LOIRE : la pérennité, sans péripéties.__

Le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici.Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau…), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise…). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer…).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon… les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie… pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard…), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine…).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau…

__BOURGOGNE : inattaquable pour ses vins blancs, mais on entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?__

La Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde.

Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés… et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997…) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot… On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

__VALLÉE DU RHÔNE : les vins sont bons et charnus.__

C’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu… font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production.

Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

__PROVENCE : vers une remontée forte du rosé ?
__
Ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene…), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse…) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

__LANGUEDOC : est-ce toujours l’avenir ?__

En Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge… La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution.

Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”.

Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité…

Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes…), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio…), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs…) et en (rares) vins de pays.

__SUD-OUEST : calme plat__

J’aime bien ces vins.Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”…

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. ?On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

__CHAMPAGNE : tout va très bien !__

C’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché…

Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne.

Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important.

Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier.

Tout a changé ici.

En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot…), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier…), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau…) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy… et beaucoup d’autres).

__BORDEAUX : la crise, les classements et la frime…__

À Bordeaux, il faut faire des distinctions.

Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France.Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?

Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail…).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus à de nombreux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard…).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction.

J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (œnologue de Petrus, entre autres) est dans la lignée.Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes… On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir.

La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes.

Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région.

En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir ! Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.

Les vins de l’année

!!!Millesimes 2007 est sorti !!!

Après un tour de 6 mois dans la plupart de nos vignobles, des centaines de dégustations, des rencontres, des interviews… voici ce que l’on doit retenir cette année.

Accès direct aux meilleurs producteurs, région par région : http://www.millesimes.fr/|http://www.millesimes.fr/

Accès direct aux Classements 2007 : http://www.guidedesvins.com/|http://www.guidedesvins.com/

Voir aussi le blog personnel de PDG http://patrick.dussert-gerber.com/|http://blog.guidedesvins.com/

__ALSACE : les vins ont-ils évolué ?__

L’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin…) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr… Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris).

__BEAUJOLAIS : les vins sont-ils reconnus comme ils le méritent ?__

Paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat…

__VAL DE LOIRE : la pérennité, sans péripéties.__

Le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici.Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau…), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise…). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer…).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon… les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie… pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard…), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine…).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau…

__BOURGOGNE : inattaquable pour ses vins blancs, mais on entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?__

La Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde.

Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés… et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997…) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot… On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

__VALLÉE DU RHÔNE : les vins sont bons et charnus.__

C’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu… font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production.

Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

__PROVENCE : vers une remontée forte du rosé ?
__
Ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene…), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse…) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

__LANGUEDOC : est-ce toujours l’avenir ?__

En Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge… La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution.

Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”.

Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité…

Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes…), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio…), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs…) et en (rares) vins de pays.

__SUD-OUEST : calme plat__

J’aime bien ces vins.Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”…

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. ?On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

__CHAMPAGNE : tout va très bien !__

C’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché…

Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne.

Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important.

Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier.

Tout a changé ici.

En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot…), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier…), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau…) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy… et beaucoup d’autres).

__BORDEAUX : la crise, les classements et la frime…__

À Bordeaux, il faut faire des distinctions.

Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France.Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?

Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail…).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus à de nombreux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard…).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction.

J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (œnologue de Petrus, entre autres) est dans la lignée.Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes… On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir.

La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes.

Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région.

En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir ! Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.