Attention aux prix sur Internet, où il s’agit de faire des comparaisons avant de commander si on ne veut pas se faire avoir. Quelques exemples glanés ce jour, pour des vins que je connais par cœur, et je vous laisse juge :
- Pour l’excellent Margaux Château Martinens 2004 de Jean-Pierre Seynat-Dulos, une différence de taille : 17,65 € la bouteille chez 75 cl contre 16€ chez Eyquard et surtout 25,95 € chez 20survin !!!, ce qui fait quand même une différence de quelque 35%…
- Pour le Lalande-de-Pomerol Château Siaurac 2004, les prix tournent autour de 17 € la bouteille (16,80 € chez 20survin, 16,90 € à la cavedelacrosse), tombe à 12,79 € chez 75cl, jusqu’à Millésimes où le vin est proposé à 10,76 €, ce qui me semble plus justifié.
- Le Champagne Laurent-Perrier brut (cuvée de base, sans plus) est proposée à 24,70 € chez 20survin, 33 € chez Vinatis (pour info - on croit rêver- on peut lire sur ce site comme accroche : Les meilleurs prix du marché garantis ! , remboursement de la différence), 31,50 € chez vinsmoinschers (ah bon ?), 30,50 € chez 1855, une “promo” à 26,24 € chez Cdiscount. Pour mémoire, une bonne trentaine de “petites” maisons et propriétaires proposent des cuvées remarquables à 15 € (voir notre sélection 2008)… et on préfère de toute manière les cuvées de base de Taittinger, Pol Roger ou Roederer !
- Le Champagne Taittinger Comtes de Champagne 1998, l’un des plus grands et séduisants Blanc de blancs est à un prix cohérent sur différents sites, c’est-à-dire à 135 € chez ChateauNet de mon cher ami Jean-François Moueix.
- Le Champagne Dom Pérignon 2000, un vin superbe, régulier, rien à dire. Il est 120 € chez ChateauNet, 129 € chez enviedechampagne (inconnu au bataillon, impossible de savoir qui c’est -pas de mention sur la société- slogan : “Le Spécialiste de la vente de Champagne sur internet à des prix très compétitifs”, sans blague ?), à 130 € chez Millesima mais à 109 € chez Cdiscount…
- Pour le fun, si j’ose dire, on ira voir le prix d’1 bouteille de Lafite 2000 (au hasard, idem pour les vins similaires) chez 1855 (1.794 €), chez 75cl (2.239,45 €, près de 450 € de plus, super !), aux enchères sur e-bay à 945 € à ce jour… Pour comparaison, le Lafite 2004 est à 425,20 € chez 1855 (408 € chez jean-merlaut et 704 € chez Lavinia, 300 € de plus, incroyable !!!), et je vous soumets la question que pourrait se poser tout consommateur : le Lafite 2000 est-il 4 fois meilleur que le 2004… où est-ce le 2004 qui est 4 fois moins bon (vous connaissez, c’est le truc de l’œuf et de la poule).
Un truc qui n’a rien à voir, mais quand même : on peut préciser qu’il y a des producteurs de Bordeaux (on les soutient) qui rament en ce moment pour vendre leur très bon vin à moins de 7 € et que le smic est à environ 1.000 € nets… je vous avais prévenu, vaut mieux en rire, mais, franchement, ceci est de plus en plus choquant…

Je viens de recevoir le dossier de presse de “Lubie to go, le pack vin rosé ludique et pratique”. Croire suivre la mode en proposant des vins comme on vendrait un soda (ou une bière) me fait toujours rigoler, mais -en plus- il est dangereux de présenter le vin comme cela.
Voici pourquoi :
1/. Il est intolérable pour moi de cautionner le coté “ludique” du vin, car cela ne fait que renforcer les mouvements anti-alcooliques. Boire du vin, ce n’est pas un jeu, ni une façon de s’amuser. J’apprends à mes enfants (adolescents) à goûter, apprécier, déguster, rechercher les arômes, faire les différences… et non pas à picoler n’importe quoi ou un produit alcoolique joliment présenté comme celui-ci. Le vin, c’est d’abord une culture, c’est se moquer de nos vignerons que de l’occulter, et promouvoir du vin comme cela c’est aussi une manière d’inciter à boire de l’alcool (notamment les jeunes) pour le “fun”, et ce n’est vraiment pas ce que je défends depuis 30 ans (*).
2/. Vendre le coté “pratique” n’est pas moins justifié : si l’on a soif, on boit de l’eau. Ouvrir une bouteille de vin, c’est partager un moment d’art de vivre, et pas -encore une fois- se désaltérer. En promouvant cela, on réduit le noble vin à un produit comme un autre, standardisé, et on évacue l’acte de plaisir, de découverte. Pour moi, le vin n’a jamais été une boisson. Le vin, c’est bien un art à part entière. Nul ne peut apprécier un Picasso ou un Van Gogh, le jazz ou l’opéra, une sculpture, une culture différente de la sienne sans un minimum de connaissance. On ne peut aimer les uns et les autres que si l’on comprend le pourquoi des choses et la passion humaine. Et bien, pour le vin, c’est pareil : il faut expliquer pourquoi un Chinon ne ressemble pas à un Gigondas, expliquer le terroir, le cépage, l’alliance de l’un et de l’autre, il faut expliquer encore que le Cabernet franc est différent du Grenache, et conseiller, c’est fondamental, l’accord des vins et des mets, selon les habitudes régionales, les gens, l’humeur… Ce qui compte, c’est l’originalité. En dégustation, un consommateur doit pouvoir reconnaître un Saint-Émilion, un Châteauneuf-du-Pape de par cette diversité des cépages si bien adaptés aux différents terroirs français. La force du vin, c’est d’être un produit vivant et convivial. C’est donc un art de vivre, celui d’aimer la force de la nature, de rêver en lisant quelques vers de poésie, de partager un nectar, en sachant que la qualité passe par la diversité, que l’extase est la même avec un très grand cru ou un vin modeste, puisque seuls comptent le plaisir de l’instant et celui du goût et du partage. Ce goût du vin, c’est avant tout culturel, c’est une question de mémoire collective avec une histoire, une tradition, ce que ne pourra jamais offrir un vin “fabriqué”, français ou étranger.
3/. Découlant de cela, vendre le coté “séduction” est tout aussi ridicule. La séduction, ce n’est pas la frime ou la facilité. On vous abreuve sur ce site des mots “Féminin”, “Naturel”, Rafraîchissants”, “Contemporain”… bref, on sous-entend que ceux qui dégustent le vin comme on le fait sont des ringards, et que c’est être moderne que de s’enfiler une cannette ou une bouteille de vin en alu.
Vous l’avez compris, du pur “business”, on ne vend que du marketing, pas le vin, pas le producteur qui l’a fait (c’est quoi, ce rosé, d’où sort-il ?), c’est navrant. Merci “Lubie” !
(*) Sur ce site, aucune mention légale… Voir “Lubie”
