Lutter contre la mondialisation du goût

L’autorisation des copeaux de bois dans le vin (suite) ou comment perdre son identité…

Je suis le premier à soutenir les vignerons, à ne pas accepter l’arrogance de quelques propriétaires face à la crise sociale que connaît (comme d’autres secteurs) le monde du vin en France. Chacun doit être rémunéré et la solidarité doit primer. Il faut, par exemple, que le négoce aide et promotionne sa région avant d’aller voir ailleurs.

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Manquaient plus que les copeaux de bois

Selon la presse de ce jour (Les Echos ou le site tf1.fr), le ministère de l’agriculture devrait confirmer l’autorisation de mettre des copeaux de bois pour parfumer le vin.

Franchement, la honte. 2 points à retenir :

1/. Est-ce que l’on a demandé l’avis aux consommateurs ? Quel est le technocrate qui a jugé bon de croire que les amateurs ont envie de boire des vins dont le goût est fabriqué. Cela facilitera les commentaires de dégustation : on pourra vraiment parler des « jus de bois » ?

On « lisse » de plus en plus, on masque les caractères, les différences.

2/. Est-ce que les vignerons dignes de ce nom sont d’accord ?

Je vous renvoie à mon édito du Guide ou de Millésimes : il faut avoir une éthique, défendre la typicité, le terroir, la diversité.

Qui va oser dire qu’un vin est typé par des copeaux de bois ?

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Bof

Un ami me dit qu’il a vu Mondovino récemment (passé à la tv) et, s’il peut excuser la démarche du critique américain (qui ne défend pas les mêmes intérêts que nous, par la force des choses), admet moins facilement celle du consultant français. Me demande mes commentaires là-dessus. Je n’ai rien contre eux. En fait, je m’en moque, et cela m’amuse plutôt, tant certaines choses peuvent prêter à sourire aujourd’hui. L’un (j’ai oublié son nom) est donc américain, fait son business à l’américaine, goûte et encense ce qu’il veut. Il réussit, il est jalousé, c’est la rançon du succès, et je connais, donc je compatis. L’autre, au demeurant un personnage assez sympa (même si ce n’est pas la 1ère impression que l’on a de lui en regardant ce film) m’est tout aussi indifférent. Derrière eux, il y a des producteurs qui en profitent. Rien à dire sur ces deux-là, même si je comprends que les amateurs et les vignerons pensent que l’on parle plutôt « fric » et « aseptisation » que terroir, diversité et amour du vin. Faudra leur poser la question directement. On se doute que ce ne sont pas les vins « lissés », les cuvées surboisées et dépersonnalisées qui m’intéressent, ni les producteurs qui en font. Pas mon job, pas mon envie, pas ma tasse de thé.

Majorum 1999

Franchement, un vrai plaisir que cette bouteille de Thierry Redde. Cette cuvée Majorum, créée par son père, Michel, qui était un ami, est formidable. Le 99 est particulièrement savoureux aujourd’hui, avec ces connotations intenses, subtiles et complexes où se retrouvent le musc, le tilleul, cette pointe de verveine très fraîche et très persistante. Il a masqué tout mon dîner, tant il se savoure pour lui-même. C’est bien, c’est bon, et bon courage pour ceux qui croient encore qu’il suffit de ramasser du raisin et le mettre en barriques pour faire un vin digne de ce nom. J’ai retrouvé 3 bouteilles de 95 dans ma cave. On en reparlera donc. Chapeau bas.

Malartic blanc 2004

Mes dégustations pour le Guide 2007 commencent bien avec ce Malartic blanc 2004. Malartic est un cru que je soutiens depuis 25 ans, à l’époque de la famille Marly, puis, aujourd’hui, de la famille Bonnie. Ce 2004 est un millésime comme je les aime, sans fioritures, sain et pur, avec ces nuances d’agrumes frais, vivace mais moelleux, très classique, très frand, vraiment très agréable.

Daumas-Gassac

Photo Famille Guibert_Dauma.jpgLes connaisseurs savent qu’Aimé Guibert est l’un des héros du film Mondovino. C’est bien et j’avoue un faible pour ce grand monsieur du vin que j’ai connu lors de ses débuts à Daumas Gassac, à l’époque, où, avec le non moins estimable Emile Peynaud, il concevait son vignoble. Ma fidélité est toujours la même. Aujourd’hui, il renvoie à une cour de récréation certains parvenus du milieu qui croient avoir la science infuse en achetant des barriques neuves ou en concentrant leurs cuvées à l’extrême, oubliant que, seuls le terroir et la main de l’homme font la différence.

Pour le comprendre, il faut évidemment prendre le temps de laisser s’épanouir ce vin hors normes.

Pour la bonne bouche, ce 2002, particulièrement réussi dans ce millésime délicat, avec ce nez d’épices et de fruits rouges à noyau très mûrs, est un vin savoureux, riche en couleur comme en charpente, aux tanins fermes et fins à la fois, corsé comme il se doit, tout en bouche, commence à se goûter.

Le 2001, non encore à maturité non plus, au nez puissant, tout en nuances aromatiques où dominent la mûre, la réglisse et les épices, est de bouche riche et commence à séduire.

Le 2000 est encore très fermé, de robe pourpre, aux notes d’humus, de pruneau et de cassis, un vin avec des tanins denses, complexe et d’une grande saveur, de grande évolution.

Le 98 est dans la lignée, concentré en matières, aux tanins mûrs, très parfumé, avec des notes fruitées de framboise et de mûre, très prometteur également.

Le 96 est remarquable, intense en couleur et en arômes, tout en bouche, avec ces notes subtiles et intenses d’humus et de petits fruits rouges surmûris, d’excellente garde.

Le 90 est superbe actuellement, de couleur pourpre intense, très parfumé (mûre, poivre, cacao…), associant puissance et finesse, gras et intensité.

Le 83 est fantastique, un très grand vin, véritable gouffre d’arômes, où s’entremêlent des notes de petits fruits rouges à noyau bien mûrs, d’humus et de réglisse, avec cette bouche d’une grande persistance, d’une grande ampleur, vraiment hors normes, du grand art.

Le 82 est à maturité, d’une grande complexité d’arômes (musc, cuir…), avec ces notes très caractéristiques et persistantes de fumé et d’épices, aux tanins puissants mais très fins, harmonieux.

Dégustation Mission Haut-Brion

Millésimes va paraître dans 1 semaine. En Couverture : la Mission. On commence donc avec la verticale de ce vin particulièrement savoureux.Dégustation_Mission.jpg

2001 : couleur superbe, bouche puissante et dense, très riche, aux tanins bien fondus, un vin où s’entremêlent des notes de petits fruits rouges à noyau bien mûrs, d’humus, de réglisse, de grande évolution.2000 : intensité et couleur, beaucoup de corps, notes de fruits cuits, avec de la matière, associant puissance et finesse, de bouche très charnue, de garde.1999 : remarquable. Un grand vin aux reflets pourpres, aux arômes de fruits mûrs et de réglisse, de bouche puissante, très ample, charpentée et  voluptueuse. 1998 : très grand vin classique, de robe sombre, complet, très tannique, avec une belle matière présente et savoureuse, au nez dominé par le cassis, le cuir et la truffe, de grande garde.1996 : très belle couleur, nez exceptionnel  aux nuances de truffe fraîche, charmeur, puissant, charnu et souple à la fois, élégant, très représentatif du millésime.1995 : vraiment superbe, robe intense, aux arômes de fruits surmûris, d’épices, de cuir, un grand vin dense, plein, de grande structure. Complexité et distinction vont de pair. Grand potentiel de garde.1994 : classique, un vin qui dévoile des nuances de mûre et de grillé, aux tanins d’une grande suavité et d’une belle longueur en bouche.1993 :  très belle couleur, un beau vin ample, d’une grande homogénéité, tout en souplesse mais très équilibré, encore très frais, très séduisant.1991 : tanins équilibrés, à la fois puissants et soyeux, un vin tout en élégance, ferme et d’une belle intensité, tout en souplesse.1990 : grande structure, nez superbe, très grande complexité d’arômes (griotte, champignons, moka…), bouche ample et subtile en finale.

Les truffes et Carbonnieux

Dîner en tête-à-tête avec Brigitte, mon épouse, pour fêter le bouclage de Millésimes, chez mon ami Claude Darroze, à Langon. C’est la saison des truffes et son œuf mollé aux truffes ne se manque pas (salade de truffe et foie gras pour Brigitte). Parfait sur Chantegrive blanc. Les coquilles Saint-Jacques, de saison aussi, s’adaptaient bien sur un Carbonnieux blanc 2004, même si le vin aurait mérité 2 ou 3 ans de plus.

Don Quichotte

L’une de mes citations favorites. On sait que le livre de Cervantes est l’un des romans de base les plus complexes, à clés, qui soient, en tout cas, l’un des piliers de la littérature, beaucoup pillé. Pour ce qui nous concerne, le vin, tout est concentré dans ces quelques lignes : talent du dégustateur, souvenirs enfouis, plaisir, partage, liens familiaux, force du terroir, us et coutumes. N’a-t-on pas envie de goûter le vin de Sancho, à ses côtés ?

“J’ai toujours à mon arçon, dit l’heureux interlocuteur de Sancho, d’un côté une bonne cantine de viandes froides, de l’autre cette bouteille que j’aime, que je chéris et que j’embrasse à tout moment.

– Monsieur, reprit Sancho d’une voix tendre, voulez-vous bien me permettre de l’embrasser une fois ?” L’inconnu remit alors la bouteille dans ses mains. Sancho la porte à sa bouche et, se renversant sur le dos, il se met à regarder les étoiles et demeure au moins un quart d’heure dans cette position qui lui plaisait. En se relevant, il fait un soupir, laisse tomber sa tête sur son sein. “Ah! monsieur, dit-il, ah ! monsieur, c’est lui ! je le reconnais: Il est de Ciudad-Real! – Vous avez raison, c’est de là qu’il est; de plus, il a quelques années. – À qui le dites-vous? Mon Dieu! Il n’y a pas de vin dont je ne devine, à la seule odeur, le pays et la qualité; c’est une vertu, un don de famille.”

Cervantès (Don Quichotte)

 

 

Blog, ouverture

  1. C’est fait. Voici mon « blog ». J’avoue que, si je suis le premier à renforcer depuis des années notre présence sur le net, j’ai hésité avant d’entrer dans l’optique blog : ai-je le temps de le mettre à jour (très) régulièrement, quel intérêt pour l’internaute… Deux choses m’ont décidé : d’abord, partager ma passion au quotidien. C’est vrai qu’il y a une frustration de n’éditer que 2 fois par an (1 en Avril avec Millésimes, 1 en Septembre avec le Guide), c’est-à-dire de ne pas pouvoir réagir à l’actu par exemple. L’autre raison est aussi de vous inciter à me « suivre ». Je goûte plus de 10000 échantillons par an, passe 6 mois dans les vignobles, apprécie de « boire un canon » avec un pote vigneron, sourit devant d’autres producteurs imbus d’eux-mêmes… bref, j’ai la chance d’avoir un vécu unique (depuis 27 ans) dans les vignobles français. Et toujours pas blasé puisque, selon le moment, j’apprécie autant une bouteille de Petrus avec mon ami Jean-François Moueix qu’un Visan élevé par les Theodosiou.
  2. Stop. Cette intro (longue) n’est qu’une intro justement, et je serai plus concis dorénavant. Une idée, un coup de gueule, un coup de pouce, une rencontre, un plaisir… C’est parti.